Butembo : les familles nombreuses, une chance pour le développement ?

Avoir plusieurs enfants peut-il contribuer au développement d’une ville ? À Butembo, au Nord-Kivu, une thèse invite à considérer la population comme une richesse humaine à accompagner. Le chercheur François Kamate Mulume y observe un lien entre le nombre d’enfants et les revenus des ménages, et défend l’idée qu’une population nombreuse peut participer au progrès économique et social.

Soutenue le 18 juillet 2026 à l’Université catholique du Graben (UCG), sous la direction du professeur ordinaire Angélus Mafikiri Tsongo, sa recherche examine les relations entre démographie, économie, environnement et développement durable.

Une enquête au cœur des familles

Pour comprendre ces interactions, François Kamate Mulume a d’abord étudié les théories sur la population et l’économie. Après deux sorties préparatoires, il a interrogé, au premier semestre 2022, 400 responsables de ménage : 100 dans chacune des quatre communes de Butembo.

Son questionnaire portait sur la composition des familles, les revenus, la consommation, l’épargne, l’emploi et les conditions de vie. Il a complété l’enquête par des données démographiques remontant à 1949, des données socioéconomiques allant de 1960 à 2023 et des relevés météorologiques de l’ITAV couvrant la période 1984-2023. Il a ensuite analysé les relations entre ces informations à l’aide de méthodes statistiques et de modèles économiques.

Quand les familles nombreuses disposent de revenus plus élevés

Dans l’échantillon étudié, les ménages déclarant davantage d’enfants issus des mêmes parents avaient tendance à déclarer des revenus mensuels totaux plus élevés. Le lien statistique entre ces deux variables est positif, avec un coefficient de corrélation de 0,52. Une association positive apparaît également entre la taille totale du ménage et son revenu.

Pour François Kamate Mulume, ces observations invitent à remettre en question l’idée selon laquelle une famille nombreuse serait nécessairement un frein à la prospérité. Il considère la population comme un capital humain : les enfants peuvent, en grandissant, acquérir des compétences, travailler et participer aux activités de leur communauté.

Le chercheur encourage ainsi une natalité soutenue, accompagnée d’une planification des naissances et d’un effort pour assurer le bien-être des familles. Les liens observés restent toutefois des corrélations : ils ne prouvent pas que le nombre d’enfants fait augmenter le revenu. De plus, un revenu familial plus élevé doit être partagé entre davantage de personnes.
Des familles à accompagner
Les ménages interrogés comptaient en moyenne 7,2 personnes. Selon la conclusion de la thèse, leur revenu mensuel moyen était d’environ 510 dollars, dont près de 420 dollars consacrés à la consommation et 85 dollars à l’épargne. Ces moyennes ne reflètent pas la situation de chaque famille.
La recherche met aussi en lumière les difficultés à surmonter. Environ 48 % des ménages interrogés comptaient au moins une personne au chômage et 12,8 % déclaraient connaître des jours de la semaine sans rien à manger. Ces résultats concernent l’enquête de 2022 : ils ne décrivent pas nécessairement la situation actuelle de toute la ville.
Si le chercheur encourage les naissances, 62,8 % des répondants se disaient favorables à leur limitation pour des raisons économiques. Les choix concernant le nombre d’enfants et leur espacement appartiennent aux personnes et aux couples, avec une information adaptée et un accès aux soins.

Faire grandir les personnes et la ville

Comment transformer le potentiel démographique en développement ? Pour la ville, une population jeune peut représenter de futurs professionnels, entrepreneurs et acteurs de la vie sociale. Son apport dépend des investissements réalisés aujourd’hui. Encore faut-il que les enfants aient accès à une alimentation suffisante, à la santé et à une éducation de qualité, puis à des formations et à des emplois décents.

Les autorités peuvent utiliser des données actualisées pour prévoir les écoles, les centres de santé, l’eau et les logements nécessaires. La thèse recommande aussi de soutenir l’entrepreneuriat, d’améliorer les infrastructures et de favoriser les activités génératrices de revenus. L’appui aux femmes et aux jeunes peut renforcer la participation économique des familles.

La croissance de Butembo suppose également de préserver son environnement. Le chercheur propose notamment de lutter contre l’érosion, de collecter et recycler les déchets, d’encourager le reboisement et les jardins urbains. Les variations relevées dans les données météorologiques appellent aussi un meilleur suivi.

Le message de cette étude est donc une invitation à investir dans les personnes : une population nombreuse peut devenir une force pour Butembo lorsque chaque enfant a les moyens de grandir en bonne santé, d’apprendre et de contribuer librement à l’avenir de sa communauté.

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