De violentes pluies enregistrées ces derniers jours sur le massif du Ruwenzori ont provoqué le débordement de la rivière Taliha, entraînant d’importants dégâts dans le secteur nord du Parc National des Virunga. La station de Mutshora, située au pied des reliefs escarpés du Ruwenzori, a été sévèrement touchée par les crues.




Selon l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), les eaux en furie ont submergé une partie des infrastructures administratives et logistiques, perturbant temporairement les activités de surveillance et de conservation dans cette zone stratégique, frontalière de l’Ouganda.
Le bilan humain est lourd. L’ICCN a confirmé le décès de Mademoiselle Natembo Kizungu Noëlla, membre du personnel affectée à la station. Sa disparition constitue une perte tragique pour l’institution et pour l’ensemble de la communauté engagée dans la protection des aires protégées en République démocratique du Congo.
Un épisode extrême dans une tendance climatique préoccupante
Au-delà du drame immédiat, cet événement s’inscrit dans une dynamique climatique régionale documentée par plusieurs études sur le bassin du Congo et la région des Grands Lacs.
Dans le massif du Ruwenzori, les données satellitaires montrent :
- une hausse progressive des températures moyennes de l’ordre de +0,2 à +0,3 °C par décennie depuis les années 1970 ;
- une variabilité accrue des précipitations, avec alternance de sécheresses prolongées et d’épisodes pluvieux intenses ;
- un recul significatif des glaciers du Ruwenzori, dont plus de 80 % de la surface glaciaire a disparu en un siècle, modifiant les régimes hydrologiques locaux.
Dans l’est de la RDC, plusieurs stations météorologiques indiquent une augmentation de l’intensité des pluies extrêmes, notamment durant les saisons de transition (septembre–novembre et mars–mai). Ces pluies concentrées sur de courtes périodes favorisent les crues soudaines, les glissements de terrain et l’érosion des sols, particulièrement dans les zones montagneuses et déforestées.
Écosystèmes fragilisés, risques amplifiés
Les écosystèmes montagnards du nord des Virunga sont particulièrement vulnérables. La déforestation périphérique, l’occupation humaine croissante et la dégradation des sols réduisent la capacité d’absorption des bassins versants. Résultat : les rivières réagissent plus brutalement aux épisodes pluvieux extrêmes.
Dans une région déjà marquée par l’instabilité sécuritaire et la pression anthropique, ces catastrophes naturelles complexifient davantage les efforts de conservation, de suivi de la faune et de maintien des infrastructures écotouristiques.
Des équipes techniques et de sécurité ont été déployées pour sécuriser le site, prévenir d’éventuels risques supplémentaires et procéder à une évaluation complète des dégâts matériels et environnementaux. Une analyse hydrologique plus fine pourrait permettre d’anticiper de futurs épisodes similaires.
L’ICCN a présenté ses condoléances à la famille de la défunte ainsi qu’à ses collègues, appelant à la solidarité en cette période de deuil.
Ce drame rappelle avec force que la conservation en contexte de changement climatique n’est plus seulement une mission écologique : elle devient aussi un enjeu de résilience humaine face à des phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes.

