Et si les villes congolaises détenaient déjà une partie de la solution contre le changement climatique ?
Une étude scientifique récente réalisée à Bunia, en province de l’Ituri, démontre que les arbres urbains ne sont pas de simples éléments paysagers : ils constituent de véritables réservoirs de carbone, capables de compenser une part significative des émissions de CO₂ liées aux activités humaines
Une recherche scientifique menée au cœur de la ville
Contrairement aux forêts naturelles, souvent étudiées, les milieux urbains africains restent largement absents des politiques climatiques, faute de données chiffrées fiables. Pour combler ce vide, des chercheurs de l’Université de Bunia ont inventorié 2 311 arbres répartis dans 21 parcelles d’un hectare, couvrant les trois communes de la ville : Mbunya, Nyakasanza et Shari
À l’aide de méthodes non destructives basées sur le diamètre, la hauteur des arbres et la densité du bois, l’équipe a estimé la biomasse aérienne et le stock de carbone sans abattre un seul arbre.
Des résultats chiffrés qui changent la perception des villes
Les chiffres issus de cette étude sont sans équivoque :
- 1 759 tonnes de biomasse aérienne stockées par les arbres urbains de Bunia
- 8 795 tonnes de carbone séquestrées
- Soit 2 374 tonnes équivalent CO₂ retirées de l’atmosphère
En moyenne, un seul arbre urbain à Bunia stocke 380 kg de carbone, ce qui équivaut à environ 124 kg de CO₂ absorbé. À l’échelle d’un hectare urbain, le stock moyen atteint 47,6 tonnes de carbone, un chiffre comparable à certaines zones forestières dégradées
À Bunia, un seul arbre urbain peut compenser jusqu’à 124 kg de CO₂, soit une valeur carbone pouvant atteindre 1 à 4 dollars sur le marché volontaire, preuve que les villes congolaises peuvent transformer leurs arbres en véritables actifs climatiques.
24 kg de CO₂ par arbre= 0,124 tonne de CO₂
Selon le prix du carbone, un arbre urbain de Bunia “vaut” entre 1 et 12 dollars US sur le marché carbone.
Toutes les communes ne se valent pas
L’étude révèle aussi une forte disparité spatiale :
- Mbunya arrive en tête avec les stocks de carbone les plus élevés
- Nyakasanza présente des valeurs intermédiaires
- Shari enregistre les stocks les plus faibles
Ces différences sont statistiquement très significatives, traduisant l’impact direct de l’urbanisation, de la densité arborée et des choix d’aménagement sur la capacité des villes à stocker le carbone
Toutes les espèces ne jouent pas le même rôle
L’un des apports majeurs de l’étude est l’identification des espèces les plus efficaces pour la séquestration du carbone :
- Eucalyptus globulus : 61 % du carbone stocké à lui seul
- Mangifera indica (manguier) : 14 %
- Persea americana (avocatier) : 9 %
- Grevillea robusta : 7 %
- Senna siamea : 5 %
Ce résultat montre que le choix des espèces est déterminant. Certaines essences, en raison de la densité de leur bois et de leur croissance rapide, jouent un rôle climatique disproportionné par rapport à leur nombre.
Ce que cette étude change concrètement
1. Pour les politiques urbaines
Les villes congolaises peuvent désormais intégrer l’arbre urbain comme infrastructure climatique, au même titre que les routes ou l’assainissement. Planter ou préserver certains arbres devient une stratégie d’atténuation climatique mesurable.
2. Pour l’aménagement et le reboisement
L’étude fournit une base scientifique pour :
- choisir les espèces à planter en priorité,
- éviter les plantations décoratives à faible impact carbone,
- orienter les programmes de verdissement urbain vers des essences à fort rendement climatique.
3. Pour le financement climatique
Avec des données chiffrées locales, les villes comme Bunia peuvent prétendre à :
- des projets pilotes de crédits carbone urbains,
- des financements liés à l’adaptation et à l’atténuation climatique,
- une meilleure valorisation écologique de leurs espaces verts.
Une leçon pour toutes les villes congolaises
Cette étude montre que le combat climatique ne se joue pas uniquement dans les grandes forêts du bassin du Congo, mais aussi dans les rues, les parcelles, les écoles et les quartiers urbains.
Chaque arbre compte. Mais surtout, chaque choix d’espèce, chaque politique de préservation ou de destruction a un coût climatique mesurable.
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