Diabète gestationnel à Butembo : 1 femme enceinte sur 3 concernée, l’HbA1c comme signal d’alerte

Dans une ville en pleine transition sanitaire, le diabète gestationnel (DG) progresse silencieusement. Une étude menée à la Université Catholique du Graben, Faculté de Médecine, Département de Gynécologie et Obstétrique, révèle une fréquence de 34,61 % chez les femmes enceintes dépistées.

Autrement dit, plus d’une gestante sur trois suivie entre juin et décembre 2024 présentait un diabète gestationnel.

Le travail, conduit par le Dr Nzanzu Tulizo Samuel dans le cadre de son mémoire de spécialisation , explore un angle encore peu documenté localement : la corrélation entre l’hémoglobine glyquée (HbA1c) et les issues materno-fœtales.

Une prévalence plus élevée qu’ailleurs

Sur 809 gestantes de plus de 20 semaines d’aménorrhée ayant accepté le dépistage, 280 cas de DG ont été identifiés , avec un échantillon final analysé de 256 femmes .

Cette fréquence dépasse les données régionales précédentes, notamment celles rapportées à Goma (26,9 %), et s’inscrit dans une dynamique africaine marquée par l’augmentation des maladies métaboliques.

Les causes évoquées :

  • dépistage tardif,
  • transition nutritionnelle,
  • sédentarité croissante,
  • et accès limité à un suivi glycémique optimal.

L’HbA1c : un marqueur pronostique clé

Contrairement au test classique d’hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO), souvent contraignant et coûteux en contexte à ressources limitées, l’HbA1c reflète la glycémie moyenne récente et permet d’évaluer le contrôle métabolique.

L’étude montre qu’un quart des gestantes avec DG présentait un déséquilibre glycémique important. Plus le taux d’HbA1c est élevé, plus le risque de complications augmente.

Des complications maternelles et néonatales bien réelles

Parmi les issues maternelles observées :

  • Première césarienne : 28,12 %
  • Prééclampsie : 6,64 %
  • Accouchement prématuré : 3,90 %

Côté néonatal :

  • Détresse respiratoire : 16,41 %
  • Hypoglycémie néonatale : 7,42 %
  • Macrosomie : 4,69 %

L’hyperglycémie maternelle favorise un environnement intra-utérin inflammatoire et un stress oxydatif pouvant altérer le développement fœtal.

Un contexte urbain sous pression

Butembo, ville commerciale du Nord-Kivu, connaît :

  • des problèmes environnementaux,
  • une urbanisation rapide,
  • des services sanitaires encore insuffisants.

La transition épidémiologique transforme le paysage sanitaire : les maladies non transmissibles, dont le diabète, prennent de plus en plus de place.

Le DG devient ainsi un indicateur avancé du risque métabolique futur, tant pour la mère que pour l’enfant.

Vers une intégration systématique de l’HbA1c en CPN

Les recommandations sont claires :

  • intégrer l’HbA1c dans la consultation prénatale (CPN) en cas de facteurs de risque ,
  • former continuellement les prestataires au dépistage du DG,
  • promouvoir de meilleures habitudes alimentaires pendant la grossesse,
  • sensibiliser sur le surpoids et la sédentarité.

Une alerte pour la santé maternelle

À Butembo, le diabète gestationnel n’est plus marginal.
Il concerne une proportion importante de femmes enceintes et expose à des complications évitables.

L’étude du Dr Nzanzu Tulizo positionne l’HbA1c non seulement comme un outil biologique, mais comme un indicateur stratégique de prévention obstétricale.

Dans une région où les ressources sont limitées, anticiper vaut mieux que traiter.

Car derrière chaque chiffre, il y a une mère.
Et derrière chaque complication néonatale, une trajectoire de vie qui peut basculer dès la naissance.

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