Une étude locale révèle l’ampleur silencieuse des accidents vasculaires cérébraux
Butembo. L’accident vasculaire cérébral (AVC) n’est plus une pathologie lointaine associée aux pays industrialisés ou au grand âge. À Butembo, il frappe des adultes jeunes, souvent en pleine activité économique, et laisse derrière lui une mortalité élevée et des séquelles lourdes.
À la Université Catholique du Graben, Faculté de Médecine, Département de Médecine Interne, Jacques Katsuva Wahangire a consacré une étude aux « Accidents vasculaires cérébraux à Butembo : aspects épidémiologiques, cliniques, thérapeutiques et issue ».
Menée du 1er juillet 2024 au 30 juin 2025 dans les Cliniques Universitaires du Graben et à l’Hôpital Matanda, cette recherche apporte des données inédites sur une pathologie encore peu documentée dans la région.
7 % des patients adultes concernés
Sur 1173 patients consultés, 83 ont présenté un AVC, soit une fréquence de 7 %.
Une proportion comparable à d’autres études africaines, mais qui confirme une réalité préoccupante : l’AVC est désormais une pathologie fréquente en milieu urbain congolais.
L’âge moyen des patients ? 49 ans. Un âge précoce comparé aux pays occidentaux, où les AVC surviennent généralement après 65 ans.
Hypertension, diabète, sédentarité : le trio à risque
Trois facteurs dominent dans la survenue des AVC à Butembo :
- Hypertension artérielle (34 %)
- Diabète sucré (18 %)
- Sédentarité (20 %)
L’HTA reste le principal moteur. Non contrôlée, elle fragilise les artères cérébrales, favorisant soit leur obstruction (AVC ischémique), soit leur rupture (AVC hémorragique).
Selon le score de Siriraj utilisé pour le diagnostic, 64 % des cas seraient hémorragiques — une proportion inversée par rapport aux standards occidentaux, où 80 % des AVC sont ischémiques.
Ce profil s’explique en partie par une hypertension sévère mal contrôlée.
36 % de mortalité : un patient sur trois ne survit pas
Le constat le plus alarmant reste le taux de mortalité : 36 %
Parmi les survivants, 88 % gardent des séquelles — paralysies, troubles du langage, dépendance fonctionnelle.
Deux facteurs aggravants ressortent clairement :
- L’arrivée en coma : 60 % de décès chez ces patients
- Un délai de consultation supérieur à 24 heures : fortement associé au décès
Dans une pathologie où chaque minute compte, le retard d’accès aux soins pèse lourdement sur le pronostic.
Un système de soins sous pression
L’étude souligne plusieurs limites structurelles :
- insuffisance d’outils diagnostiques avancés,
- absence d’unités spécialisées en soins neurologiques,
- pénurie de personnel qualifié
Dans un contexte où l’OMS classe l’AVC comme deuxième cause mondiale de décès et troisième cause de handicap, Butembo illustre les défis des villes africaines confrontées à la transition épidémiologique : les maladies chroniques remplacent progressivement les maladies infectieuses comme causes majeures de mortalité.
De la recherche à l’action
Les recommandations formulées sont claires :
- intensifier la sensibilisation sur les facteurs de risque,
- renforcer la formation du personnel soignant,
- équiper les hôpitaux en unités spécialisées neurologiques,
- mettre en place un réseau de transport adapté pour les urgences vasculaires.
Une bombe sanitaire silencieuse
À Butembo, l’AVC n’est plus un accident rare. Il est devenu un indicateur de la progression des maladies chroniques mal contrôlées : hypertension, diabète, obésité, sédentarité.
La donnée est brutale : un adulte sur trois admis pour AVC décède.
Et parmi les survivants, la majorité reste handicapée.
Derrière ces chiffres, il y a des chefs de famille, des commerçants, des enseignants, des agents publics.
La transition sanitaire est en marche. La question est désormais simple : le système de santé local est-il prêt à y faire face ?
Le Centre cardiologique Pino Stagliano : un maillon stratégique
Au sein des Cliniques Universitaires du Graben, le Centre cardiologique Pino Stagliano, dirigé par le Dr Jacques Katsuva Wahangire, joue un rôle clé dans la prise en charge des maladies cardiovasculaires — dont les AVC constituent une complication majeure.
Structure intégrée à la Faculté de Médecine de l’UCG, le centre assure à la fois :
- des consultations spécialisées en cardiologie,
- le suivi des patients hypertendus et diabétiques,
- la formation pratique des étudiants en médecine,
- des activités de recherche clinique.
Dans une ville où l’AVC est fortement lié à une hypertension mal contrôlée et à des maladies chroniques non suivies, ce centre représente un levier stratégique de prévention.
Comment le Centre cardiologique Pino Stagliano peut renforcer la lutte contre les AVC
Avec des équipements de pointe en cardiologie (monitoring cardiaque, ECG, échographie cardiaque, suivi tensionnel spécialisé), le centre participe déjà — et peut davantage participer — à la lutte contre les AVC à travers plusieurs axes :
1️Détection précoce des facteurs de risque
L’identification et le suivi rigoureux de l’hypertension artérielle, principale cause d’AVC hémorragique (64 % des cas selon le score de Siriraj dans l’étude) , permettent de réduire significativement le risque. 2️ Suivi structuré des patients chroniques Un programme de suivi régulier des patients hypertendus, diabétiques ou obèses pourrait limiter les complications vasculaires cérébrales. 3️ Éducation thérapeutique La sensibilisation sur l’activité physique, l’alimentation équilibrée et l’observance médicamenteuse est essentielle dans une ville où la sédentarité atteint 20 % des patients AVC . 4️Mise en place d’une unité neuro-vasculaire intégrée À moyen terme, le centre pourrait évoluer vers : une unité de prise en charge rapide des AVC,un protocole d’orientation rapide vers imagerie cérébrale,une coordination avec les services de médecine interne et neurologie. 5️ Formation et recherche En tant que centre universitaire, il peut devenir un pôle de recherche sur les maladies cardio-vasculaires dans le Grand Nord-Kivu. Une bataille qui se gagne avant l’AVC Un AVC n’est pas un accident imprévisible.
C’est souvent la conséquence d’années d’hypertension mal contrôlée. À Butembo, les chiffres sont désormais établis.
La question n’est plus de savoir si l’AVC est un problème, mais si les structures existantes — comme le Centre cardiologique Pino Stagliano — seront suffisamment soutenues pour transformer la prévention en politique de santé publique durable.
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