Le Parc national de l’Upemba, l’un des plus vastes et des plus emblématiques espaces protégés de la République démocratique du Congo, a de nouveau été frappé par la violence armée. Mardi 3 mars 2026, son quartier général situé à Lusinga, dans le Haut-Katanga, a subi une incursion menée par des assaillants non encore identifiés. Le bilan est lourd : cinq membres du personnel ont été tués, des équipements pillés et plusieurs infrastructures endommagées.
Dans un communiqué officiel publié le 4 mars, l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) affirme qu’une cellule de crise a été convoquée en urgence sous l’autorité de son directeur général. En coordination avec les FARDC et les services de sécurité, des mesures ont été prises pour sécuriser les agents et reprendre le contrôle du site. L’institution assure que, à l’heure de la publication du communiqué, le contrôle intégral du Parc national de l’Upemba et de la station de Lusinga avait été rétabli.
Mais au-delà de ce retour annoncé à l’ordre, cette attaque ravive une réalité plus profonde : la fragilité persistante des aires protégées congolaises face à l’insécurité, au sous-investissement et à l’affaiblissement des dispositifs de conservation.
Un parc d’exception, un patrimoine en péril
Créé en 1939, le Parc national de l’Upemba figure parmi les plus anciennes et les plus importantes aires protégées de RDC. Situé dans le sud-est du pays, il couvrait à l’origine 17 730 km², ce qui en faisait alors le plus grand parc d’Afrique. Après la révision de ses limites en 1975, il comprend un parc intégral d’environ 10 000 km² et une annexe de 3 000 km².
L’Upemba est reconnu pour la diversité spectaculaire de ses paysages : hauts plateaux, savanes, falaises, gorges profondes, chutes d’eau, marais et lacs. Ses zones humides comptent parmi les plus importantes d’Afrique et jouent un rôle majeur dans l’alimentation du bassin du fleuve Congo. Ce capital écologique exceptionnel contraste pourtant avec une vulnérabilité chronique.
Lusinga, symbole d’un parc sous pression
Le poste de Lusinga, principal centre opérationnel du secteur nord, concentre à lui seul plusieurs des fragilités du parc. Déjà, un rapport d’évaluation antérieur décrivait des bâtiments vétustes, des routes dégradées, des ponts souvent inutilisables et une turbine hydroélectrique hors service depuis des années. À cela s’ajoutent des conditions de vie difficiles pour le personnel : absence de structure de santé sur place, accès limité aux soins et scolarisation compliquée pour les familles.
Le même document soulignait aussi l’insuffisance des moyens de gestion. Si des écogardes et agents administratifs sont bien présents dans les secteurs nord et sud, une partie du personnel n’est pas officiellement reconnue, et les missions se limitent souvent au strict maintien de l’ordre. Les activités de recherche, de suivi écologique, de conservation communautaire et de tourisme structuré restent faibles ou quasi inexistantes.
Une violence ancienne dans un espace déjà fragilisé
L’attaque du 3 mars ne constitue pas un épisode isolé. Entre 2004 et 2006, la présence de groupes armés Mai-Mai avait déjà fortement réduit la capacité de contrôle de l’ICCN sur le parc. Lusinga elle-même avait été attaquée en 2004, avec son lot de pillages, destructions et enlèvements.
À cette insécurité s’ajoutent d’autres pressions : feux de brousse répétés, exploitation minière artisanale dans certaines zones, braconnage intensif et commerce structuré de viande de brousse. Les observations de terrain font état d’une raréfaction marquée de la faune. Quelques zèbres, oribis et babouins subsistent, mais en effectifs réduits, dans un environnement où la pression humaine demeure forte.
Cette accumulation de menaces fait de l’Upemba un cas emblématique de la crise silencieuse que traversent plusieurs aires protégées congolaises : des territoires d’une immense valeur écologique, mais de plus en plus exposés à la violence, à l’occupation humaine et à l’érosion de leurs capacités institutionnelles.
Protéger les gardiens de la biodiversité
En condamnant une violation grave de l’ordre juridique national et des conventions internationales, l’ICCN rappelle que les aires protégées sont censées relever d’un principe de neutralité et de non-belligérance. Mais sur le terrain, ces principes peinent à résister aux dynamiques armées locales.
L’attaque de Lusinga remet ainsi au centre une question essentielle : celle de la sécurité des agents de conservation. Souvent isolés, faiblement équipés et exposés aux violences, ces hommes et ces femmes incarnent pourtant une présence stratégique de l’État dans des espaces reculés. Leur mission dépasse la seule protection de la faune : ils défendent aussi des écosystèmes-clés, des ressources en eau, des paysages d’importance nationale et une part du patrimoine naturel mondial.
L’Upemba dispose encore d’atouts réels, notamment pour la pêche légale sur certains lacs et pour un tourisme de paysages fondé sur la beauté de ses reliefs et de ses zones humides. Mais sans réhabilitation des infrastructures, renforcement de la gouvernance, sécurisation durable du personnel et relance effective de la conservation, ce potentiel restera largement théorique.
L’attaque du 3 mars rappelle brutalement qu’en RDC, protéger la nature peut encore coûter la vie.
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