Derrière les portes des blocs opératoires, une réalité peu documentée persiste : la mortalité liée aux urgences chirurgicales abdominales du nouveau-né et du nourrisson demeure élevée. À la Université Catholique du Graben (UCG), le Dr Sumai Aza Matthieu, du Département de chirurgie de la Faculté de Médecine, a conduit une recherche approfondie sur ce phénomène.
Son étude analyse les facteurs qui influencent directement la mortalité des urgences chirurgicales abdominales chez les enfants de 0 jour à 2 ans , dans plusieurs structures hospitalières de la ville.
Des chiffres qui interpellent
Sur 402 patients hospitalisés, 48 cas relevaient d’urgences chirurgicales abdominales néonatales et du nourrisson, soit une fréquence de 11,9 %.
Mais l’indicateur le plus préoccupant reste le taux de mortalité : 33,3 % des enfants concernés sont décédés.
Autrement dit, un enfant sur trois n’a pas survécu.
L’étude identifie plusieurs facteurs déterminants :
- l’âge à l’admission,
- l’altération de l’état général,
- la péritonite aiguë généralisée,
- un score ASA supérieur à 2,
- et les complications postopératoires
Un état général altéré multiplie par 15 le risque de décès — un signal fort sur l’importance du diagnostic et de la prise en charge précoce.
Retards, fragilité néonatale et limites structurelles
Le délai médian entre l’apparition des symptômes et la consultation est de 3 jours . Trois jours pour un nouveau-né peuvent être fatals.
Les résultats confirment le caractère multifactoriel de cette mortalité : fragilité physiologique du nourrisson, complications postopératoires, insuffisance de soins intensifs néonataux et contraintes organisationnelles .
Dans un contexte où l’OMS estime que des millions d’enfants meurent chaque année de causes chirurgicales durant la période néonatale , la situation de Butembo s’inscrit dans un défi plus large des pays à ressources limitées.
Une recherche pour orienter l’action
Au-delà du constat, le travail du Dr Aza fournit des données locales exploitables :
- améliorer le référencement précoce,
- renforcer les unités de soins intensifs néonataux,
- optimiser la réanimation pré et postopératoire,
- renforcer les compétences chirurgicales spécialisées.
Dans une région marquée par la précarité socio-économique et les contraintes sanitaires, cette recherche constitue un outil stratégique pour les décideurs hospitaliers.
À Butembo, la chirurgie néonatale ne se joue pas seulement au bloc opératoire. Elle commence dans la rapidité du diagnostic, se poursuit dans la qualité de la réanimation et se termine dans la capacité du système de santé à protéger les plus vulnérables.
Et les données sont claires : sans amélioration structurelle, la mortalité restera élevée.
Sur le papier, c’est une forêt communautaire. Sur la carte, c’est une mine
Les concessions forestières des communautés locales en République démocratique du Congo, censées protéger la biodiversité…
Cancer de la prostate à Butembo : une maladie silencieuse qui fragilise les couples et révèle les failles du système de santé
À Butembo, le cancer de la prostate ne se limite pas à une pathologie urologique….
Diabète gestationnel à Butembo : 1 femme enceinte sur 3 concernée, l’HbA1c comme signal d’alerte
Dans une ville en pleine transition sanitaire, le diabète gestationnel (DG) progresse silencieusement. Une étude…
AVC à Butembo : des patients frappés à 49 ans en moyenne, une mortalité de 36 %
Une étude locale révèle l’ampleur silencieuse des accidents vasculaires cérébraux Butembo. L’accident vasculaire cérébral (AVC)…
Parc national de l’Upemba attaqué : cinq agents tués, Lusinga à nouveau frappée au cœur
Le Parc national de l’Upemba, l’un des plus vastes et des plus emblématiques espaces protégés…
À Butembo, un nouveau-né sur trois opéré en urgence abdominale ne survit pas : l’alerte scientifique du Dr Sumai Aza
Derrière les portes des blocs opératoires, une réalité peu documentée persiste : la mortalité liée…

