






Dans une région fragilisée par l’insécurité, la pression démographique et la dégradation des semences agricoles, un chantier scientifique prend forme à l’Université Catholique du Graben (UCG). D’ici fin mars, l’université sera dotée d’un laboratoire de production de vitro-plants, une infrastructure stratégique financée par le Fonds international pour le développement agricole (FIDA) à travers le PASA-NK (Projet d’Appui au Secteur Agricole du Nord-Kivu).
Selon le professeur Charles Valimunzigha, point focal recherche du projet à l’UCG, l’équipement sera installé dans les prochaines semaines. Le bâtiment, en cours d’achèvement, a été conçu suivant les standards techniques de l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA), partenaire scientifique du projet.
Pourquoi un laboratoire de vitro-plants au Nord-Kivu ?
Le Nord-Kivu fait face à un défi structurel : la dégénérescence des semences, notamment pour la pomme de terre, culture stratégique pour les hauts plateaux de Lubero, Beni et Rutshuru. Les cycles répétés de reproduction informelle réduisent progressivement la qualité génétique, entraînant :
- baisse des rendements,
- vulnérabilité accrue aux maladies,
- pertes économiques pour les petits producteurs,
- dépendance aux importations de semences.
Le futur laboratoire utilisera la culture in vitro combinée à un système aéroponique, capable de produire jusqu’à 200 mini-tubercules par vitro-plant. Ces mini-tubercules constituent la base d’un matériel végétal sain, homogène et à haut potentiel productif.
Dans un contexte où l’accès aux intrants de qualité est limité par l’insécurité et la faiblesse logistique, produire localement des semences certifiées devient un levier de souveraineté alimentaire.
Une infrastructure scientifique gérée par une université
Le choix de confier la gestion à l’UCG n’est pas anodin.
- Ancrage académique : le laboratoire servira à la fois de centre de production et de plateforme de recherche appliquée (agronomie, phytopathologie, amélioration variétale).
- Formation de compétences locales : une première équipe a déjà été formée à Bujumbura par l’IITA.
- Transfert technologique durable : l’IITA accompagnera l’UCG pendant un an pour garantir la maîtrise complète du procédé.
Ce modèle hybride – production + recherche + formation – pourrait constituer une innovation institutionnelle pour la région des Grands Lacs, où les infrastructures agricoles sont souvent détachées du monde académique.
Coût et montage financier
Le laboratoire est financé par le FIDA via le PASA-NK.
Même si le coût global n’a pas été rendu public, un laboratoire de culture in vitro et d’aéroponie répondant aux normes internationales peut représenter :
- construction spécialisée du bâtiment,
- chambres stériles,
- hottes à flux laminaire,
- autoclaves,
- chambres de croissance,
- serres aéroponiques,
- systèmes de contrôle thermique et énergétique,
soit un investissement estimatif pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers de dollars selon le niveau d’équipement.
L’IITA a supervisé la conception technique, en recourant à une entreprise locale pour l’exécution des travaux.
Une gouvernance multi-acteurs recommandée
Le représentant pays du FIDA, Waly Diouf, a insisté sur une gestion inclusive associant :
- le SYDIP (filière pomme de terre),
- la COOCENKI (maïs),
- la LOFEPACO (riz),
- Rikolto (café),
- et l’UCG pour le volet scientifique,
avec un regard institutionnel de l’État congolais via le ministère de tutelle.
Cette approche vise à éviter qu’une infrastructure stratégique ne devienne un simple outil académique isolé, mais plutôt un maillon central de la chaîne de valeur agricole régionale.
Perspectives : au-delà de la pomme de terre
Si la première phase cible la pomme de terre, le laboratoire pourrait, à moyen terme, s’étendre à :
- la multiplication rapide de bananier et manioc,
- la production de plants sains pour le café et le cacao,
- la conservation de ressources génétiques locales.
Dans une province où l’agriculture reste le principal amortisseur social face aux conflits armés, cet outil scientifique pourrait transformer durablement la productivité et la résilience des filières.
Un signal fort dans une région sous pression
Dans le Grand Nord du Nord-Kivu, investir dans un laboratoire de haute technologie agricole relève presque du pari. Mais c’est aussi un message : la réponse aux crises alimentaires et économiques ne se limite pas à l’urgence humanitaire ; elle passe par la science, la formation et l’innovation locale.
À Butembo, une université devient ainsi un acteur direct de la sécurité alimentaire régionale.
Green Afia suivra l’impact réel de cette infrastructure sur les rendements et les revenus des producteurs dans les prochaines campagnes agricoles.
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