Nord-Kivu : une thèse de l’UCG ouvre une piste contre le flétrissement bactérien de la pomme de terre
À l’Est de la République démocratique du Congo, une maladie silencieuse détruit depuis des années les champs de pomme de terre, fragilise les revenus paysans et menace l’un des piliers alimentaires des hautes terres du Nord-Kivu. Dans certaines exploitations, les pertes atteignent 50 à 100 % des récoltes.
Le responsable est connu des scientifiques : Ralstonia solanacearum, la bactérie à l’origine du flétrissement bactérien.
Face à cette menace phytosanitaire devenue chronique, un chercheur de l’Université Catholique du Graben, à Butembo, affirme avoir identifié une piste scientifique crédible : développer des lignées locales de pomme de terre capables de produire davantage tout en résistant durablement à la maladie.
À l’issue de cette soutenance, le chercheur a obtenu la mention Grande Distinction et a été élevé au grade de Docteur en Sciences Agronomiques par le recteur de l’université, le Professeur Ordinaire Mafikiri Tsongo Angelus.
Une culture stratégique minée par les maladies
La pomme de terre n’est pas une culture secondaire dans les montagnes du Kivu. Elle représente à la fois une source de revenus, un aliment de base et une culture de survie pour des milliers de ménages ruraux.
Pourtant, malgré cette importance stratégique, les rendements restent très faibles en RDC : environ 4,598 tonnes par hectare, loin des 40 à 60 tonnes observées dans les systèmes agricoles intensifs ailleurs dans le monde.
- la dégradation des semences ;
- l’absence de variétés adaptées ;
- la circulation de matériel végétal contaminé ;
- la propagation du flétrissement bactérien.
Une recherche menée entre laboratoires, stations agricoles et champs expérimentaux
Dans sa thèse intitulée « Développement des lignées de pomme de terre à haut rendement en tubercules et résistantes au flétrissement bactérien en Province du Nord-Kivu, Est de la R.D. Congo », le nouveau docteur part d’un constat alarmant : les solutions classiques de lutte montrent leurs limites.
L’équipe scientifique dirigée par le Professeur Ordinaire Charles Kambale Valimunzigha a mis en place un vaste protocole expérimental mêlant génétique, agronomie et biométrie.
- des essais en plein champ ;
- des croisements génétiques contrôlés ;
- des analyses statistiques avancées ;
- l’évaluation de l’interaction entre génotypes et environnements.
Sept génotypes de pomme de terre ont d’abord été évalués dans les conditions agroécologiques du Nord-Kivu afin d’identifier ceux qui résistaient le mieux au flétrissement bactérien tout en conservant de bons rendements.
Des lignées capables de résister à une maladie destructrice
Les résultats montrent que la variété Rwangume s’est distinguée à la fois par sa résistance et par sa productivité, avec un rendement atteignant 34,59 tonnes par hectare.
À partir des meilleurs parents génétiques identifiés, les chercheurs ont produit plusieurs familles de lignées expérimentales. Au total, 121 lignées F1/R1 ont été retenues pour des évaluations approfondies.
- N3 59 ;
- CAP 43 ;
- CAP 66 ;
- N1 32 ;
- RW 93 ;
- RW 99 ;
- CAP 98.
Une critique implicite du modèle semencier actuel
La thèse montre que les performances des génotypes changent selon les milieux écologiques. Les meilleures lignées à Butembo ne sont pas forcément les meilleures à Luotu.
Cette conclusion remet en question certaines approches uniformes de diffusion des semences agricoles dans l’Est du Congo.
Le chercheur rappelle que la majorité des semences utilisées en RDC proviennent d’autres pays d’Afrique de l’Est, parfois sans véritables essais d’adaptation locale. Cette dépendance favorise l’introduction de nouvelles maladies, la dégénérescence variétale et la baisse progressive des rendements.
Une recherche stratégique dans une région sous pression
Cette thèse intervient dans une région confrontée simultanément à l’insécurité, à la pression démographique, à la dégradation des sols, au changement climatique et à la fragilisation des systèmes agricoles.
Dans ce contexte, améliorer durablement la productivité des cultures vivrières devient un enjeu stratégique autant qu’alimentaire.
La génétique végétale comme front de sécurité alimentaire
La recherche de KAKULE SIKYOLO Idja défend une idée forte : les maladies agricoles ne sont pas seulement des problèmes techniques. Elles deviennent des facteurs de vulnérabilité économique et sociale lorsqu’elles touchent des cultures essentielles à la survie des populations.
Face à cette menace, la génétique végétale pourrait devenir l’un des principaux fronts de la sécurité alimentaire dans l’Est de la RDC.
En développant des lignées adaptées aux réalités agroécologiques du Nord-Kivu, l’UCG montre que la recherche locale peut produire des solutions concrètes aux défis agricoles du terrain congolais.

