L’état du paludisme en RDC et l’influence du changement climatique
Une lecture claire des chiffres récents (PNLP, OMS, MBS) et des facteurs écologiques & climatiques qui reconfigurent la transmission.
Un fléau ancien, toujours meurtrier
En République démocratique du Congo, le paludisme demeure l’une des principales causes de maladie et de décès, tout particulièrement dans les provinces forestières et fluviales. La province de l’Équateur en est l’un des foyers historiques.
Chiffres communiqués par les autorités provinciales sur base des données de l’OMS, le 3 novembre 2025.
Cette lourde charge s’explique par une géographie propice aux Anopheles (forêt dense, marécages, eaux stagnantes, proximité du fleuve Congo), une forte humidité, mais aussi des défis d’accès aux soins dans des zones enclavées.
Seules deux provinces, Kasaï et Nord-Kivu, ont enregistré >10 % d’augmentation des cas par rapport au trimestre précédent. (Source : PNLP – Bulletin T3 2023)
818 cas dont 210 décès notifiés par une source locale (taux de létalité très élevé — à interpréter avec prudence). (Source : rtvh.net)
L’Est du pays est classé en transmission instable avec risque d’épidémies. (Source : PNLP – plan stratégique / medbox.org)
II. Une maladie encore dominante, mais en recul récent
Les données nationales montrent un contraste : le paludisme reste massif, mais la lutte progresse.
| Indicateur | 2022 | 2023 | Variation |
|---|---|---|---|
| Cas de paludisme | 27 296 419 | 27 657 762 | +1,3 % |
| Décès | 24 880 | 22 224 | –10,7 % |
| Taux de testing | 91 % | 92 % | +1 pt |
| Cas positifs traités | 95 % | 99 % | +4 pts |
| Moustiquaires distribuées | 33,0 M | 45,8 M | +38,7 % |
| SP ≥ 3 (femmes enceintes) | 65 % | 67 % | +2 pts |
Sources : PNLP – Rapport annuel 2023 des activités de lutte contre le paludisme.
Entre 2022 et 2023, les cas ont légèrement augmenté, mais la mortalité a nettement reculé. Les tests couvrent mieux les cas suspects, presque tous les cas confirmés sont traités selon les normes, et près de 46 millions de moustiquaires imprégnées ont été distribuées en 2023.
III. 2024 : une lueur d’espoir au niveau national
IV. Les groupes les plus exposés
Près de 13,4 millions de cas en 2024. (Source : OMS, 2024)
1,26 million de cas en 2023 ; la couverture SP ≥ 3 progresse de 65 % à 67 %. (Source : PNLP, 2023)
V. Bien distribuées… mais pas toujours utilisées
Le Malaria Behavior Survey (2021) indique que 96,83 % des moustiquaires observées dans les foyers sont des MII, mais seules 69 % à 91 % sont utilisées la nuit précédente selon les zones. Le défi n’est donc plus la distribution, mais l’usage quotidien : suspension, entretien, remplacement.
Source : MBS – RDC, 2021.
VI. Climat & perturbations atmosphériques : un accélérateur silencieux
- Températures plus élevées (fenêtre 20–30 °C) : accélèrent la reproduction des moustiques & du parasite.
- Pluies extrêmes et inondations : multiplient les gîtes larvaires → flambées immédiates.
- Variabilité El Niño / La Niña : allongent ou décalent les saisons de transmission.
Équateur, Tshopo, Tshuapa, Maï-Ndombe, Kwilu : pics saisonniers accentués, hausse post-pluies.
Nord-Kivu & Ituri : réchauffement en altitude → zones nouvellement favorables au vecteur.
VII. Prévenir, diagnostiquer, traiter : les leviers qui fonctionnent
Prévention
- Moustiquaires imprégnées (MII) – campagnes & routine
- Traitement préventif intermittent SP2 / SP3 / SP4 (grossesse)
- Vaccin R21 pour les enfants
- Assainissement : curage, suppression des eaux stagnantes, hygiène domestique
Diagnostic
- TDR pour la première ligne
- Microscopie pour confirmer / quantifier
- PCR pour la surveillance (INRB)
Source : OMS – Rapport annuel 2024 (Bureau RDC).
Traitement (référentiel RDC)
- ACT (artéméther-luméfantrine, DHA-PQ) pour les cas simples
- Artésunate IV/IM pour les cas graves (relai ACT dès amélioration)
- Grossesse : quinine + clindamycine au 1er trimestre ; ACT ensuite
Source : PNLP – Rapport annuel 2023.
VIII. Des défis persistants, surtout en Équateur
- Insalubrité et inondations récurrentes (gîtes larvaires)
- Ruptures de stock (TDR, ACT, artésunate)
- Éloignement et enclavement de certaines zones
- Sous-notification liée à l’insécurité
- Résistances entomologiques variables → besoin de MII de nouvelle génération & ciblage fin
Conclusion
Avec 804 266 cas et 481 décès en 2024, l’Équateur est à un tournant. L’offensive en cours — distribution porte-à-porte de moustiquaires, digitalisation via ODK, introduction du vaccin R21, renforcement des soins communautaires — peut changer la trajectoire si les ménages adoptent durablement les bons réflexes : dormir sous moustiquaire, consulter tôt, assainir l’environnement.
À l’échelle nationale, la baisse de 20 % de la mortalité palustre en 2024 est une victoire notable. Mais la lutte se gagne au plus près des gîtes, des foyers et des zones inondables — à l’heure où le climat redessine la carte du risque.

