L’état du paludisme en RDC et l’influence du changement climatique

Butembo (Nord-Kivu, RDC) — Hervé Mukulu • Green Afia

L’état du paludisme en RDC et l’influence du changement climatique

Une lecture claire des chiffres récents (PNLP, OMS, MBS) et des facteurs écologiques & climatiques qui reconfigurent la transmission.

Un fléau ancien, toujours meurtrier

En République démocratique du Congo, le paludisme demeure l’une des principales causes de maladie et de décès, tout particulièrement dans les provinces forestières et fluviales. La province de l’Équateur en est l’un des foyers historiques.

Équateur – Bilan 2024 : 804 266 cas  |  481 décès
Chiffres communiqués par les autorités provinciales sur base des données de l’OMS, le 3 novembre 2025.

Cette lourde charge s’explique par une géographie propice aux Anopheles (forêt dense, marécages, eaux stagnantes, proximité du fleuve Congo), une forte humidité, mais aussi des défis d’accès aux soins dans des zones enclavées.

Signal PNLP – T3 2023
Seules deux provinces, Kasaï et Nord-Kivu, ont enregistré >10 % d’augmentation des cas par rapport au trimestre précédent. (Source : PNLP – Bulletin T3 2023)
Nord-Kivu – 1er semestre 2024
818 cas dont 210 décès notifiés par une source locale (taux de létalité très élevé — à interpréter avec prudence). (Source : rtvh.net)
L’Est du pays est classé en transmission instable avec risque d’épidémies. (Source : PNLP – plan stratégique / medbox.org)

II. Une maladie encore dominante, mais en recul récent

Les données nationales montrent un contraste : le paludisme reste massif, mais la lutte progresse.

Indicateur 2022 2023 Variation
Cas de paludisme 27 296 419 27 657 762 +1,3 %
Décès 24 880 22 224 –10,7 %
Taux de testing 91 % 92 % +1 pt
Cas positifs traités 95 % 99 % +4 pts
Moustiquaires distribuées 33,0 M 45,8 M +38,7 %
SP ≥ 3 (femmes enceintes) 65 % 67 % +2 pts

Sources : PNLP – Rapport annuel 2023 des activités de lutte contre le paludisme.

Entre 2022 et 2023, les cas ont légèrement augmenté, mais la mortalité a nettement reculé. Les tests couvrent mieux les cas suspects, presque tous les cas confirmés sont traités selon les normes, et près de 46 millions de moustiquaires imprégnées ont été distribuées en 2023.

III. 2024 : une lueur d’espoir au niveau national

En 2024, le nombre de décès est passé de 24 344 à 18 000, soit une baisse d’environ 20 %. (Source : OMS – Rapport annuel 2024, Bureau RDC)
Vaccin
R21 / Matrix-M
Enfants 5–36 mois
Soins communautaires
6 627 → 8 627
+30 %
Diagnostic
TDR renforcés
Traitement < 24h
Prévention
MII + Sensibilisation
Couverture ménages

IV. Les groupes les plus exposés

Enfants < 5 ans
Près de 13,4 millions de cas en 2024. (Source : OMS, 2024)
Femmes enceintes
1,26 million de cas en 2023 ; la couverture SP ≥ 3 progresse de 65 % à 67 %. (Source : PNLP, 2023)

V. Bien distribuées… mais pas toujours utilisées

Le Malaria Behavior Survey (2021) indique que 96,83 % des moustiquaires observées dans les foyers sont des MII, mais seules 69 % à 91 % sont utilisées la nuit précédente selon les zones. Le défi n’est donc plus la distribution, mais l’usage quotidien : suspension, entretien, remplacement.

Source : MBS – RDC, 2021.

VI. Climat & perturbations atmosphériques : un accélérateur silencieux

  • Températures plus élevées (fenêtre 20–30 °C) : accélèrent la reproduction des moustiques & du parasite.
  • Pluies extrêmes et inondations : multiplient les gîtes larvaires → flambées immédiates.
  • Variabilité El Niño / La Niña : allongent ou décalent les saisons de transmission.
Provinces très sensibles
Équateur, Tshopo, Tshuapa, Maï-Ndombe, Kwilu : pics saisonniers accentués, hausse post-pluies.
Altitudes en mutation
Nord-Kivu & Ituri : réchauffement en altitude → zones nouvellement favorables au vecteur.
Urbain – Mbandaka : quartiers riverains et insalubres particulièrement touchés après les crues.

VII. Prévenir, diagnostiquer, traiter : les leviers qui fonctionnent

Prévention

  • Moustiquaires imprégnées (MII) – campagnes & routine
  • Traitement préventif intermittent SP2 / SP3 / SP4 (grossesse)
  • Vaccin R21 pour les enfants
  • Assainissement : curage, suppression des eaux stagnantes, hygiène domestique

Diagnostic

  • TDR pour la première ligne
  • Microscopie pour confirmer / quantifier
  • PCR pour la surveillance (INRB)

Source : OMS – Rapport annuel 2024 (Bureau RDC).

Traitement (référentiel RDC)

  • ACT (artéméther-luméfantrine, DHA-PQ) pour les cas simples
  • Artésunate IV/IM pour les cas graves (relai ACT dès amélioration)
  • Grossesse : quinine + clindamycine au 1er trimestre ; ACT ensuite

Source : PNLP – Rapport annuel 2023.

VIII. Des défis persistants, surtout en Équateur

  • Insalubrité et inondations récurrentes (gîtes larvaires)
  • Ruptures de stock (TDR, ACT, artésunate)
  • Éloignement et enclavement de certaines zones
  • Sous-notification liée à l’insécurité
  • Résistances entomologiques variables → besoin de MII de nouvelle génération & ciblage fin

Conclusion

Avec 804 266 cas et 481 décès en 2024, l’Équateur est à un tournant. L’offensive en cours — distribution porte-à-porte de moustiquaires, digitalisation via ODK, introduction du vaccin R21, renforcement des soins communautaires — peut changer la trajectoire si les ménages adoptent durablement les bons réflexes : dormir sous moustiquaire, consulter tôt, assainir l’environnement.

À l’échelle nationale, la baisse de 20 % de la mortalité palustre en 2024 est une victoire notable. Mais la lutte se gagne au plus près des gîtes, des foyers et des zones inondables — à l’heure où le climat redessine la carte du risque.

Sources (à afficher en bas d’article) :
  • PNLP – Rapport annuel 2023 des activités de lutte contre le paludisme (RDC).
  • OMS – Rapport annuel 2024, Bureau de l’OMS en RDC.
  • Malaria Behavior Survey (MBS), RDC 2021.
  • PNLP – Bulletin T3 2023.
  • rtvh.net – Situation Nord-Kivu, 1er semestre 2024.
  • medbox.org – PNLP Plan stratégique.

Note : certaines valeurs locales (Nord-Kivu, 1er semestre 2024) proviennent de sources locales et peuvent refléter des sous-notifications ou des périmètres de collecte restreints.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *