Ebola Bundibugyo en Ituri : une épidémie au cœur des guerres, de l’or et de la méfiance
Alors que la RDC fait face à une nouvelle épidémie d’Ebola de souche Bundibugyo en Ituri, une note scientifique alerte sur un enjeu majeur : la crise actuelle dépasse largement le cadre sanitaire.
Dans cette province meurtrie par les conflits armés, les déplacements massifs de population, l’économie minière informelle et la faiblesse du système de santé, Ebola risque de se propager dans un terrain déjà profondément fragilisé.
Une épidémie dans une province en guerre
L’Ituri reste l’une des provinces les plus instables de l’Est de la RDC. Les violences communautaires, les attaques des groupes armés et les déplacements forcés compliquent l’accès aux soins et rendent la riposte sanitaire particulièrement difficile.
Dans plusieurs zones, les structures sanitaires sont prises pour cible, les routes sont contrôlées par des hommes armés et les équipes de riposte doivent composer avec un environnement sécuritaire imprévisible.
L’or, les routes minières et le risque de propagation
L’économie aurifère artisanale joue un rôle central dans les mouvements de population. Les sites miniers attirent des milliers de travailleurs et créent des flux permanents entre Bunia, Mongbwalu, Beni, Butembo, l’Ouganda et d’autres zones de l’Est congolais.
Ces mobilités intenses, souvent informelles, augmentent le risque de diffusion du virus, surtout lorsque les malades se déplacent pour rejoindre leurs familles, chercher des soins ou poursuivre leurs activités économiques.
Le poids de la méfiance et du souvenir de “l’Ebola business”
La note insiste sur un facteur déterminant : la méfiance des populations envers les interventions sanitaires. Dans l’Est de la RDC, les précédentes épidémies d’Ebola ont laissé des souvenirs douloureux, marqués par des accusations de mauvaise gestion, de favoritisme et de captation des ressources.
Le narratif de “l’Ebola business” traduit cette suspicion. Pour de nombreuses communautés, l’arrivée de fonds, de véhicules, d’experts et de dispositifs d’urgence peut être perçue comme une opportunité économique pour certains acteurs plutôt qu’une réponse réellement centrée sur les besoins des populations.
Les enterrements, un point critique
Les pratiques funéraires constituent un enjeu majeur dans la transmission d’Ebola. Les contacts avec les corps des personnes décédées, les veillées, les rassemblements familiaux et les déplacements de dépouilles peuvent accélérer la propagation du virus.
Mais les chercheurs recommandent de ne pas imposer brutalement des interdictions. Ils plaident plutôt pour des adaptations négociées avec les familles, les leaders religieux et les autorités coutumières afin d’éviter les enterrements clandestins.
Une riposte qui devra partir des communautés
Le message central de la note est clair : la réussite de la riposte dépendra de la confiance. Les équipes sanitaires devront recruter localement, communiquer dans les langues comprises par les populations et associer les leaders communautaires, religieux, les femmes, les jeunes et les survivants d’Ebola.
La réponse ne devra pas se limiter à isoler les malades. Elle devra aussi protéger les familles, respecter les droits des patients et renforcer durablement le système de santé local.
Un révélateur des fragilités de l’Est congolais
En Ituri, Ebola agit comme un révélateur brutal des vulnérabilités structurelles : pauvreté, guerre, déplacements, accès limité aux soins, exploitation des ressources naturelles et défiance envers l’État.
Pour Green Afia, cette épidémie rappelle une évidence trop souvent ignorée : les urgences sanitaires ne naissent pas dans le vide. Elles s’enracinent dans des territoires, des histoires, des blessures sociales et des rapports de pouvoir.

