La malnutrition aiguë continue de frapper durement la population infantile de Butembo. Depuis plus de trois mois, les Cliniques Universitaires du Graben (CUG) enregistrent une hausse inquiétante des cas de malnutrition aiguë sévère, principalement chez les enfants amenés à un stade très avancé de la maladie.
Le Dr Gudule Nziavake, médecin traitant aux CUG, met en garde : « Les parents doivent consulter précocement. Arriver tard augmente fortement le risque de décès. »
Une tendance locale qui reflète une crise régionale
Les observations des CUG s’inscrivent dans une situation plus large documentée par les organisations internationales.
Selon UNICEF (2024–2025), la RDC compte près de 4,4 millions d’enfants souffrant de malnutrition aiguë, dont 1,2 million en malnutrition aiguë sévère (MAS).
Le Nord-Kivu fait partie des trois provinces les plus touchées, avec un taux de malnutrition aiguë dépassant 8 % dans plusieurs zones de santé, notamment Beni, Kalunguta, Kayna, Lubero, Oicha et Katwa.
Dans son analyse 2025, l’IPC estime que 14 millions de personnes, dont un enfant sur cinq, seront exposées à une insécurité alimentaire sévère entre janvier et juin 2026 — une aggravation attribuée principalement à l’insécurité persistante, la hausse des prix alimentaires et les déplacements massifs des ménages.
Butembo et environs : des études locales confirment l’ampleur du problème
Plusieurs recherches récentes menées en ville de Butembo et dans ses périphéries renforcent l’alerte lancée par les CUG :
✔ Étude UCG–CRIG (2023) sur la zone de santé de Katwa
- 32 % des ménages présentaient au moins un enfant atteint de malnutrition chronique.
- Les causes dominantes : pénurie alimentaire, diversification insuffisante des repas et maladies répétitives (diarrhée, paludisme).
✔ Étude Hôpital Matanda (Butembo, 2022)
- La malnutrition aiguë sévère représentait 11 % des admissions pédiatriques.
- Plus de 60 % des cas provenaient des quartiers périphériques (Mukuna, Vungi, Kitatumba), zones à forte vulnérabilité socio-économique.
✔ Étude conjointe UNICEF–PAM–MSF (Beni–Butembo, 2024)
- Les enfants déplacés avaient un risque deux fois plus élevé de développer une malnutrition aiguë sévère.
- La rupture des chaînes d’approvisionnement due aux conflits a fait grimper les prix du maïs et du haricot de 40 à 70 % entre 2023 et 2025.
Ces données locales confirment que la situation observée aux CUG n’est pas isolée, mais fait partie d’une crise structurelle et prolongée dans le Grand Nord.
Trois formes de malnutrition couramment rencontrées aux CUG
Le Dr Gudule décrit trois tableaux cliniques observés :
1️⃣ Le marasme
- Enfant très amaigri, peau fine et ridée, aspect de “vieillard”.
- Grande apathie, faiblesse générale.
2️⃣ Le kwashiorkor
- Œdèmes bilatéraux (pieds, jambes, parfois visage).
- Peau fragile avec desquamation, cheveux cassants et décolorés.
3️⃣ Le marasme-kwashiorkor
- Combinaison de l’émaciation sévère et des œdèmes.
Ces formes sévères surviennent généralement lorsque les enfants arrivent tardivement à l’hôpital.
Parents et agents communautaires : un rôle clé dans la détection précoce
Les agents communautaires de santé utilisent le périmètre brachial (MUAC) et l’observation d’œdèmes pour dépister rapidement les cas.
Les parents, eux aussi, peuvent reconnaître les signes :
- Perte de masse musculaire
- Isolement, faiblesse, perte d’intérêt
- Anorexie
- Décoloration des cheveux
- Apparition d’œdèmes
Un diagnostic précoce permet d’éviter les complications souvent mortelles.
Un traitement gratuit aux Cliniques Universitaires du Graben
Les CUG rappellent que la prise en charge nutritionnelle — y compris les laits thérapeutiques F-75, F-100, Plumpy’Nut et le suivi médical — est totalement gratuite, une mesure cruciale dans un contexte où les ménages sont fragilisés économiquement.
Avec la multiplication des crises alimentaires et sécuritaires dans l’est de la RDC, une action communautaire renforcée et un dépistage précoce constituent les meilleures armes pour limiter la hausse des cas de malnutrition à Butembo.

