Climat : dans la région de Butembo-Lubero, la coupe des eucalyptus et les dérèglements météo ruinent l’apiculture

Dans la région de Butembo-Lubero (Nord-Kivu), l’apiculture — vital pour des centaines de familles — s’effondre sous l’effet combiné de la coupe massive des eucalyptus et du dérèglement climatique. Dans plusieurs localités, les ruches se vident, les arbres ne fleurissent plus et la production de miel chute dangereusement. Cette crise plonge les apiculteurs et les organisations locales dans une précarité grandissante. À l’occasion de la Journée mondiale du climat de ce 8 décembre, notre reporter Elisha Kindi est allé à leur rencontre.

À Ndando, sur la RN2, à une dizaine de kilomètres au sud de Butembo, le paysage porte les traces visibles d’un climat déréglé : les arbres ne fleurissent plus et les ruches, autrefois vibrantes de vie, sont désormais silencieuses. C’est ici que Mwanzi Zephanie, 75 ans, l’un des apiculteurs les plus respectés de la région, continue d’entretenir une dizaine de ruches. Depuis plus de trente ans, l’apiculture est son métier, son identité, sa dignité.

Combinaison blanche couvrant son corps frêle, machette et seau d’un côté, fumoir de l’autre, il emmène le reporter dans ce qui fut autrefois un espace bourdonnant. La visite tourne vite au constat alarmant : première ruche, vide ; deuxième, vide ; les suivantes, pas mieux.

« Le miel est devenu rare. C’est la première fois que je vois une année pareille. Tout est lié au dérèglement du climat », explique-t-il avec amertume. « Avant, à partir d’avril jusqu’en juillet, le miel coulait à flot. Aujourd’hui, des insectes inconnus attaquent les ruches, les abeilles s’affolent et finissent par partir. »

Autour de lui, rien pour retenir les colonies : aucune floraison, aucun nectar, seulement des sols durcis par la sécheresse, des pluies erratiques et un climat devenu imprévisible. Une combinaison de pressions qui met à genoux l’apiculture locale — et avec elle, des centaines de familles qui en dépendent.

Des répercussions sur le marché

La chute de la production a des répercussions directes sur les marchés de Butembo, Lubero et Beni. Le litre de miel, vendu à 7 dollars au premier semestre 2025, atteint désormais 10 à 12 dollars selon les revendeurs.

Une inflation qui fragilise les consommateurs, mais qui n’avantage pas non plus les producteurs. Le miel, apprécié pour ses vertus nutritives et thérapeutiques, devient un produit de luxe.

Les ONG en difficulté : « Le climat ne nous laisse plus le choix »

Pour Vustapu Michaël, président du Conseil d’administration de l’ONG Academia Group, engagée dans la promotion de l’apiculture et la protection de l’environnement dans la région, la situation doit être prise au sérieux.

« Nous assistons à la disparition progressive des fleurs mellifères. Si rien n’est fait, l’apiculture va disparaître avec elles. Il est urgent de repenser nos pratiques et de préparer les producteurs aux exigences du climat actuel. »

Selon lui, « plusieurs organisations peinent à accompagner les communautés. Les pépinières forestières sont affectées, les formations coûtent plus cher, et les sensibilisations sur le changement climatique demeurent insuffisantes ».

Malgré la crise, Vustapu Michaël conseille le reboisement ciblé en arbres mellifères, notamment le Calliandra, le Grevillea et l’Eucalyptus mellifère. Selon lui, ces arbres résistent mieux aux variations climatiques et fournissent un nectar régulier. Il encourage les apiculteurs locaux à suivre la formation en apiculture moderne et soutient que les ruches traditionnelles sont moins résistantes aux perturbations du climat.

Malheureusement, pour répondre aux besoins en bois de chauffe, en bois d’œuvre et en matériaux de construction, les plantations d’eucalyptus — très répandues en territoire de Lubero — sont de plus en plus abattues. Pourtant, ces plantations avaient remplacé les forêts naturelles aujourd’hui presque disparues.
« Cette coupe massive prive également les abeilles d’une ressource essentielle : le nectar », déplore l’aménagiste Gloire Mulondi, enseignant à la Faculté des sciences agronomiques de l’Université Catholique du Graben à Butembo (Nord-Kivu, RDC).

Il démontre que les ruches modernes, mieux isolées, protègent les colonies et améliorent la production. Il conseille aux apiculteurs de se conformer désormais aux cycles climatiques plutôt qu’aux saisons habituelles, afin d’éviter des pertes inutiles. Concernant la gestion rationnelle de l’environnement, il propose de freiner la déforestation, de limiter les brûlis, de restaurer les zones humides et de protéger les essences locales, devenues des priorités pour toute la chaîne apicole.

Outre les effets du dérèglement climatique, l’insécurité dans les zones de production constitue également un facteur déterminant, note un producteur interrogé à ce sujet par La Voix de l’UCG. La poursuite des hostilités dans le territoire de Lubero contraint les producteurs, qui craignent pour leur sécurité, à ne plus accéder librement aux zones de production.

Elisha Kindy

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