Nord-Kivu : pertes massives de chèvres, le service vétérinaire relance la campagne de vaccination

Oicha (Beni) – Plus de 480 chèvres ont péri en cinq mois, entre juin et novembre 2025, dans la commune rurale d’Oicha, chef-lieu du territoire de Beni. Face à cette hécatombe, le service vétérinaire local relance la campagne de vaccination contre la peste des petits ruminants (PPR), une maladie hautement contagieuse qui menace gravement les élevages caprins du Nord-Kivu.

Démarrée en juin 2025 après la mort en cascade de plus de 400 chèvres, la première phase de vaccination avait été brutalement interrompue un mois plus tard à cause d’une rupture de stock. Depuis, la situation s’est aggravée, appauvrissant de nombreux ménages ruraux.

« Nous sommes déjà à plus de 492 chèvres mortes, et ces chiffres ne tiennent compte que des cas recensés avant l’interruption de la campagne », alerte Dr Patrick Mubarikiwa, chef du service vétérinaire à Oicha. Selon lui, les zones touchées se multiplient dans toute la province, avec des cas similaires signalés à Beni, Butembo, Lubero et Kyondo.

Une couverture vaccinale encore trop faible

Les statistiques officielles révèlent que moins de 5 % des caprins prévus ont été vaccinés avant la pénurie. « Le taux de couverture est encore trop faible, alors que la maladie continue à se propager. Nous invitons tous les éleveurs à présenter leurs chèvres pour la vaccination », insiste Dr Mubarikiwa.

De son côté, Dr Mukatakamba, chercheur à l’Université Catholique du Graben (UCG), appelle à un changement de mentalité chez les éleveurs : « Un vaccin coûte environ 5 dollars, pour protéger une chèvre qui en vaut une centaine. Ce n’est pas une dépense, c’est un investissement », souligne-t-il.

Une maladie virale redoutable

La peste des petits ruminants, provoquée par un morbillivirus proche de celui de la rougeole, se propage rapidement par contact direct entre animaux. Elle se manifeste par une forte fièvre, des écoulements nasaux et oculaires, des lésions buccales et une diarrhée sévère. Sa mortalité peut atteindre 90 % dans les troupeaux non vaccinés.

Les chèvres infectées contaminent facilement les autres par la salive, les sécrétions ou les déjections. Le virus peut survivre plusieurs jours dans l’environnement, notamment sur les abreuvoirs ou les pâturages.

Comment prévenir la PPR ?

Les spécialistes recommandent plusieurs mesures :

  • Vacciner systématiquement tous les petits ruminants, chaque année ;
  • Isoler les animaux malades dès les premiers symptômes ;
  • Désinfecter régulièrement les étables, abreuvoirs et matériels d’élevage ;
  • Éviter les transhumances incontrôlées et les échanges d’animaux non vaccinés entre villages ;
  • Sensibiliser les communautés à reconnaître précocement les signes de la maladie.
Un enjeu économique et sanitaire majeur

Au Nord-Kivu, la chèvre est bien plus qu’un animal domestique : elle représente un patrimoine familial et une épargne vivante pour des milliers de ménages. La poursuite de la campagne de vaccination devient donc une urgence économique autant que sanitaire.

Pour le service vétérinaire d’Oicha, l’éradication de la PPR passera par une mobilisation collective : autorités locales, universités, ONG, et surtout, les éleveurs eux-mêmes.

Jackson Sivulyamwenge, pour Green Afia
📍 Oicha, territoire de Beni (Nord-Kivu)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *