RDC – Émirats arabes unis : un accord économique stratégique pour diversifier les marchés et restructurer les exportations congolaises

À Abu Dhabi, Kinshasa scelle un partenariat commercial global aux ambitions affichées de transformation économique

La République démocratique du Congo et les Émirats arabes unis ont franchi une nouvelle étape dans leurs relations économiques. Ce lundi 2 février 2026, à Abu Dhabi, les deux pays ont signé un accord de partenariat économique global, en présence du Président congolais Félix Tshisekedi Tshilombo et de Son Altesse Mohammed ben Zayed Al Nahyane.

L’accord a été paraphé par le ministre congolais du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, et son homologue émirati, le Dr Thani bin Ahmed Al Zeyoudi. Il s’inscrit dans le prolongement direct de la ratification par la RDC de l’Accord sur la facilitation des échanges de l’Organisation mondiale du commerce en juillet 2025**, un texte clé visant à réduire les barrières administratives et logistiques au commerce international.

Un cadre global couvrant marchandises, services et commerce électronique

Selon le ministère congolais du Commerce extérieur, ce partenariat vise à formaliser et sécuriser les échanges commerciaux bilatéraux, en allant bien au-delà des accords sectoriels antérieurs. L’accord couvre notamment :

  • le commerce des marchandises,
  • le commerce des services,
  • le commerce électronique,
  • les règles d’origine des produits,
  • ainsi que la promotion et la protection des investissements.

Dans une déclaration à la presse nationale et internationale, Julien Paluku a souligné que cet accord répond à la « trilogie stratégique » définie par le chef de l’État :
diversification de l’économie, diversification des marchés et diversification des partenaires.

Un élément central de l’accord réside dans l’intégration d’une liste de près de 6 000 produits “Made in DRC”, désormais éligibles à l’exportation vers le marché émirati. Une ouverture qui concerne aussi bien les produits agricoles, miniers transformés que certains biens manufacturés, encore marginalement présents dans les flux commerciaux internationaux de la RDC.


Des échanges déjà en hausse, des objectifs ambitieux à l’horizon 2030

Les relations commerciales entre la RDC et les Émirats arabes unis connaissent une progression rapide.
Selon les chiffres communiqués par le gouvernement congolais :

  • le volume des échanges est passé d’environ 1,2 milliard USD en 2020 à près de 4 milliards USD en 2025 ;
  • l’objectif affiché est d’atteindre 10 milliards USD d’ici 2030.

Cette dynamique est portée en grande partie par les exportations de matières premières, notamment l’or. Le ministre du Commerce extérieur rappelle qu’avant les premiers accords structurants avec les Émirats, les exportations formelles d’or congolais se limitaient à quelques dizaines de kilogrammes par an, contre près de 9 tonnes aujourd’hui, grâce à une meilleure traçabilité et à des circuits d’exportation directs.


Infrastructures logistiques : le port, nerf de la compétitivité

La signature de l’accord économique a été accompagnée de partenariats sectoriels stratégiques, en particulier dans les infrastructures.
Un accord distinct a été signé pour la construction d’un port à Matadi, dans la province du Kongo Central, par le Directeur général de l’ONATRA**, en présence du vice-Premier ministre en charge des Transports, Jean-Pierre Bemba, et de la ministre du Portefeuille, Julie Shiku.

Pour Kinshasa, l’enjeu est clair : réduire les coûts logistiques, souvent cités comme l’un des principaux freins à la compétitivité des produits congolais sur les marchés internationaux. À terme, ces investissements portuaires sont également pensés comme complémentaires au projet stratégique du port en eau profonde de Banana, destiné à repositionner la RDC dans les chaînes logistiques régionales et mondiales.


Mines et diplomatie économique : vers des achats directs en RDC

Autre volet sensible du partenariat : le secteur minier.
La ministre des Mines, Louise Watum Kabamba, a signé un mémorandum d’entente avec son homologue émirati visant à permettre que les minerais congolais soient achetés directement en RDC par les Émirats arabes unis.

Les autorités congolaises présentent cet accord comme un outil de lutte contre les circuits illicites et les détournements transfrontaliers, notamment dans l’Est du pays, où une partie des minerais continue d’alimenter des chaînes d’approvisionnement informelles. Les Émirats arabes unis, destination finale majeure de l’or africain, apparaissent ainsi comme un acteur clé dans la reconfiguration des flux miniers régionaux.


Opportunités réelles, mais défis structurels persistants

Si l’accord est qualifié d’« historique » par le gouvernement, plusieurs défis structurels demeurent :

  • capacité réelle des entreprises congolaises à produire en quantité et en qualité exportable ;
  • faiblesse de la transformation locale des matières premières ;
  • contraintes énergétiques, logistiques et financières ;
  • nécessité d’un cadre de gouvernance et de transparence renforcé pour éviter que l’ouverture commerciale ne bénéficie qu’à un nombre limité d’acteurs.

Pour les analystes, l’impact de cet accord dépendra moins de son ambition diplomatique que de sa mise en œuvre effective sur le terrain, notamment en faveur des PME, des coopératives agricoles et des acteurs industriels locaux.


Une pièce maîtresse de la stratégie économique congolaise

À travers ce partenariat avec les Émirats arabes unis, la RDC tente de rompre avec une dépendance historique à quelques marchés et corridors régionaux, tout en s’insérant davantage dans les flux commerciaux mondiaux.
L’accord illustre une diplomatie économique de plus en plus assumée, où commerce, infrastructures, mines et investissements sont pensés comme des leviers conjoints de croissance.

Reste désormais à traduire ces engagements en emplois, valeur ajoutée locale et bénéfices tangibles pour la population congolaise, condition essentielle pour que la diversification annoncée dépasse le stade des accords signés.


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