Les concessions forestières des communautés locales en République démocratique du Congo, censées protéger la biodiversité et promouvoir une gestion durable, sont menacées par l’expansion des opérations minières qui empiètent sur de multiples concessions. Un vide juridique et une faible coordination entre les autorités publiques et les autres parties prenantes laissent ces forêts vulnérables. Coincé entre la nécessité de protéger la biodiversité et la poussée industrielle pour les minéraux stratégiques, l’avenir des forêts communautaires congolaises est en suspens. Dans cette enquête, Jonas Kiriko se penche sur les permis miniers affectant ces forêts.
Cette histoire a été produite en partenariat avec le Rainforest Investigations Network du Pulitzer Center.
Il y a deux ans, les habitants des forêts communautaires de Kyunga et Milando se sont réveillés au bruit des machines opérant au cœur de leurs terres, dans le sud-est de la République démocratique du Congo.
«C’étaient des machines installées par une société minière », raconte Masangu Telesphore, agriculteur de 51 ans. « Elles creusaient une route pour accéder à la mine.»
En 2021, la communauté locale s’est vue confier la gestion d’une forêt abritant des arbres anciens, considérés comme sacrés. En échange de la préservation de la majeure partie du territoire, les habitants ont pu exploiter une portion pour cultiver manioc, patates douces et maïs, pratiquer une petite activité forestière et produire du charbon de bois. Ces activités, essentielles à l’économie rurale, faisaient vivre plus de 5 000 personnes. Mais désormais, une grande société congolaise d’extraction, Golden Sands Mining SARL, s’installait pour exploiter du cobalt, du cuivre, de l’or et d’autres minerais, sans leur accord ni leur connaissance.
Cet épisode, loin d’être isolé, illustre le chevauchement entre forêts communautaires et concessions minières en République démocratique du Congo (RDC). Ce pays d’Afrique centrale, qui abrite la deuxième plus grande forêt tropicale du monde, possède aussi certaines des plus importantes réserves mondiales de minéraux critiques. Dans un contexte de ruée mondiale vers les minerais nécessaires aux technologies d’énergie propre et aux smartphones, l’exploitation minière généralisée, combinée à la coupe illégale de bois, ravage la forêt et menace son rôle dans la régulation du climat mondial.

Il y a bientôt une décennie, la foresterie communautaire était saluée comme une panacée aux problèmes liés à l’extraction : une affectation légale permettant aux communautés locales de protéger leurs forêts tout en générant des revenus grâce à des activités durables comme l’agroforesterie et la pêche. Depuis l’adoption du cadre légal en 2014 et 2016 établissant des règlements sur la foresterie communautaire, les gouverneurs provinciaux ont attribué plus de 220 concessions forestières couvrant près de 4,5 millions d’hectares aux communautés locales pour la conservation et des activités économiques durables.
Mais malgré ces protections spéciales, une enquête d’un an menée par InfoNile en partenariat avec le Pulitzer Center’s Rainforest Investigations Network a révélé qu’une part importante des permis miniers actifs du pays empiète sur ces forêts. Neuf pour cent de la superficie sous permis miniers intersectent les forêts communautaires, en particulier dans les provinces orientales du Sud-Kivu, du Nord-Kivu et du Haut-Katanga. Ce chevauchement couvre un total de 4 250 kilomètres carrés, soit l’équivalent de 600 000 terrains de football.
L’inverse est également vrai. Dans de nombreux cas, les gouverneurs provinciaux, en collaboration avec des organisations non gouvernementales, ont aidé les communautés à établir des forêts sur des concessions minières préexistantes.
À mesure que les sociétés minières arrivent et que les frontières forestières deviennent floues, certains membres des communautés ont commencé à vendre d’autres zones des forêts à des exploitants de bois ou à des opérateurs agro-industriels.
L’attribution opaque des licences minières et des forêts communautaires résulte d’un vide juridique et d’un manque de supervision et de responsabilité de l’État. Selon le professeur Alphonse Maindo, directeur de l’ONG de foresterie durable Tropenbos International-DRC, il n’existe aucun système centralisé d’information pour vérifier les titres existants. Cet expert des forêts communautaires a exhorté l’État à réunir les acteurs du secteur minier, forestier et agricole pour une planification conjointe.
« Les tables rondes multi-acteurs sur la foresterie communautaire, aux niveaux national et provincial, offrent une occasion unique de partager des cartes, d’échanger des connaissances et de trouver des solutions ensemble », a-t-il déclaré. « Beaucoup de problèmes découlent simplement de ce manque d’accès à l’information. »
Plus de 100 permis miniers actifs chevauchent des forêts communautairesLe secteur minier en RDC s’est rapidement développé ces dernières années, stimulé par la demande mondiale croissante de minéraux critiques. Les données du Cadastre Minier obtenues par le Center for Advanced Defense Studies (C4ADS) révèlent que 8,9 % du territoire congolais, soit 214 000 kilomètres carrés, est couvert par des permis miniers. D’est en ouest, du nord au sud, les concessions pour l’exploitation industrielle, semi-industrielle et artisanale quadrillent le pays
La RDC est rapidement devenue un acteur mondial majeur dans la fourniture de minéraux critiques pour les véhicules électriques, les énergies renouvelables et les technologies modernes. Elle est le premier producteur mondial de cobalt, fournissant plus de 70 % de la production mondiale, et figure parmi les principaux producteurs de cuivre. Le pays détient également d’importantes réserves de coltan, de lithium et d’étain. La plupart de ces minerais sont exportés, principalement vers la Chine, ainsi que vers l’Europe et l’Amérique du Nord.
La grande majorité de l’exploitation minière se déroule dans la forêt dense du pays. Couvrant plus de 1,5 million de kilomètres carrés, la forêt congolaise abrite de nombreuses espèces en danger critique et joue un rôle crucial comme puits de carbone. Mais lorsque les grandes mines s’installent, la construction de routes et le défrichement de la forêt pour l’agriculture, les établissements et l’exploitation artisanale suivent rapidement, entraînant une déforestation galopante dans des zones auparavant reculées de la forêt tropicale.

Les règlements sur les forêts communautaires, tels que le décret ministériel sur les forêts des communautés locales adopté il y a une décennie, ont donné aux communautés locales des droits légaux pour gérer collectivement leurs propres forêts, visant à en faire des gardiens de la biodiversité. Grâce à ces dispositifs, les communautés ont le droit de bénéficier durablement de leurs forêts par la récolte de produits forestiers non ligneux, la reforestation et l’écotourisme.
Cela n’inclut pas les opérations minières à grande échelle. Les codes forestier et minier ne précisent pas dans quelles circonstances des permis miniers peuvent être accordés dans les forêts communautaires, mais ils reconnaissent que le ministère de l’Environnement, qui attribue les forêts communautaires, et le ministère des Mines, qui délivre les permis miniers, doivent collaborer pour éviter les titres qui se chevauchent.
Cependant, l’analyse réalisée par InfoNile sur les permis miniers, croisée avec les limites des forêts communautaires, révèle qu’en juin 2025, 131 permis miniers actifs conféraient des droits sur des portions de forêts gérées par les communautés locales.
Quarante-cinq autres permis miniers qui chevauchent des forêts communautaires sont inactifs. Principalement annulés en raison du non-paiement des redevances minières à l’État congolais, ils représentent néanmoins une menace pour les concessions forestières communautaires, car les anciens détenteurs de permis pourraient un jour revenir pour revendiquer la propriété de ces zones, explique Isaac Mumbere, chargé des droits humains au CREF, une organisation de protection de l’environnement et des droits des peuples autochtones opérant au Nord-Kivu.
Depuis 2021, 32 licences minières ont été délivrées sur des forêts communautaires. Mais comme ces forêts ont commencé à être délimitées à partir de 2018, environ un quart des forêts communautaires du pays ont également été établies dans des zones déjà couvertes par des permis miniers actifs.
Cette enquête a révélé un manque flagrant de vérification, tant de la part de l’agence congolaise qui délivre les permis miniers que des organisations et gouverneurs impliqués dans l’aide aux communautés pour établir des forêts communautaires.
Les forêts communautaires sont attribuées par les gouverneurs provinciaux, avec le soutien d’organisations non gouvernementales et sous l’avis de la Coordination provinciale de l’environnement, qui inclut le service du cadastre minier. Au Haut-Katanga, 20 forêts communautaires ont été allouées avec l’appui de six organisations locales soutenues par la FAO, dont le BUCODED (Bureau de Coordination pour le Développement Durable) et APRONAPAKAT (Action pour la Protection de la Nature et des Peuples Autochtones du Katanga).
Alphonse Maindo, l’un des principaux experts de la foresterie communautaire en RDC, affirme que le manque de supervision et de responsabilité de l’État est à l’origine de cette double attribution. Il a exhorté l’administration à numériser et centraliser toutes les cartes forestières, minières et agricoles dans des bases de données accessibles afin de faciliter la vérification des titres existants.
« Il suffit d’une petite négligence de la part d’une ONG ou de l’un de ses agents pour que la carte passe telle quelle », explique Maindo, qui dirige l’ONG Tropenbos International-DRC, aidant les communautés à obtenir la reconnaissance légale de leurs forêts.
Maindo a également dénoncé les pratiques de corruption de certains opérateurs miniers qui soudoient des fonctionnaires pour obtenir des permis d’exploitation, parfois sur des terres déjà attribuées.
Une société minière a obtenu des droits sur une partie d’au moins une forêt communautaire que l’ONG de Maindo avait contribué à établir. La forêt communautaire de Belika, créée en 2023 avec l’aide de Tropenbos International-DRC, chevauche désormais un permis de recherche minière appartenant à Tembo Mining and Services SARL, délivré l’année suivante. Maindo, qui ignorait ce chevauchement, a qualifié cela de violation de la propriété privée.
Le cadastre minier de l’État a refusé de commenter malgré plusieurs demandes sur une période de cinq mois.
Les chevauchements de permis sont concentrés dans les provinces orientales de la RDC : Sud-Kivu, Haut-Katanga et Nord-Kivu, où des groupes armés opèrent actuellement et où l’influence politique joue un rôle important dans le secteur minier. D’autres provinces concernées incluent le Maniema, le Kongo Central, le Kwango et la Tshopo, qui abritent des forêts denses.
L’analyse d’InfoNile des données du cadastre minier révèle que 34 types différents de minéraux sont couverts par des permis actifs à l’intérieur des limites des forêts communautaires. Au Haut-Katanga, considéré comme le réservoir minéral du pays, cela inclut des gisements de cuivre, de cobalt et de lithium. Au Nord et au Sud-Kivu, les principaux minerais exploités sont le coltan (tantale et niobium), l’étain et le tungstène, très prisés par les industries technologiques et électriques. L’or y est également exploité.
Au Haut-Katanga, le professeur Jonathan Ilunga, de la Faculté d’Agronomie de l’Université de Lubumbashi, a accompagné plusieurs communautés dans la création de forêts communautaires. Pour en définir les frontières, il a mis en place une commission réunissant ONG, autorités environnementales et représentants locaux, chargée de vérifier l’absence de titres miniers chevauchants ou de litiges en cours.
« Naturellement, il y avait des conflits de frontières entre les CFCL (Concessions Forestières des Communautés Locales) et les concessions minières, mais une solution a été trouvée. Si ce problème persiste aujourd’hui, il est nécessaire de réexaminer attentivement ce qui s’est passé ensuite », a déclaré Ilunga.
« Si de nouveaux éléments sont apparus, c’est probablement dû à l’appétit insatiable des concessions minières situées près des CFCL, qui cherchent à s’approprier des zones à leur profit », a ajouté le professeur.
L’analyse d’InfoNile révèle en outre, que 57 permis miniers qui chevauchent des forêts communautaires au Haut-Katanga. Une forêt établie en 2021, la Concession Forestière Communautaire de Kyunga, illustre la complexité de ces titres croisés. Avant que la communauté n’obtienne les droits sur cette forêt, la société minière Golden Sands Mining SARL disposait déjà d’un permis d’exploration couvrant la partie sud-ouest du territoire. L’année suivant la délimitation de la forêt, la société a construit une route dans la zone gérée par la communauté. Son permis a ensuite été transformé en permis d’exploitation minière et reste valide jusqu’en 2049.

Un autre exemple est la concession forestière communautaire de Musoshi, située au sud de la province, à la frontière avec la Zambie. Trois sociétés à savoir Société d’Exploitation Minière de Musoshi, Société de Développement Industriel et Minier du Congo S.A. (SODIMICO) et Prometal SARL, détiennent des permis qui chevauchent environ la moitié de cette forêt. Non seulement les permis chevauchent la forêt, mais ils se chevauchent aussi entre eux.
L’ingénieur Charles Tsheye, point focal de la foresterie communautaire au sein de la Coordination provinciale de l’environnement du Haut-Katanga, a contesté l’analyse d’InfoNile selon laquelle la forêt communautaire de Musoshi intersecterait des périmètres miniers actifs. La Coordination provinciale de l’environnement apporte un appui au gouverneur avant la délivrance d’un décret forestier aux communautés locales.
Tsheye a affirmé que son bureau avait effectué des vérifications sur le terrain et qu’aucun permis minier actif ne couvrait Musoshi. Cependant, il a indiqué que la forêt bénéficiait des engagements de responsabilité sociale de SODIMICO.
Les limites forestières utilisées dans cette analyse sont publiées sur le site officiel du gouvernement consacré aux forêts communautaires, géré par la Division de la Foresterie Communautaire au sein du Ministère de l’Environnement et du Développement Durable, et financé par l’ONG Rainforest Foundation UK.

Don-Béni Muswa Nzambi, président de l’Union des Concessions Forestières Communautaires du Haut-Katanga, a dénoncé l’intrusion des sociétés minières dans la province. Il a déclaré que l’État congolais est censé contrôler les activités des sociétés minières, mais que la réalité est tout autre.
«Je me demande pourquoi les sociétés minières semblent plus puissantes que l’État congolais », a-t-il dit.
Un vide juridique
Le problème découle en partie d’un système de lois fragmentées, contradictoires et mal appliquées, qui, dans la pratique, négligent la protection des forêts communautaires face aux activités minières autorisées par l’État.
Selon le Code minier de la RDC, établi en 2018, l’État détient le droit exclusif d’octroyer des permis et titres miniers. Avant de délivrer un permis, le Cadastre Minier (CAMI) doit vérifier que la zone n’est pas déjà couverte par un autre droit minier ou de carrière. Il doit également obtenir l’avis de l’Agence Congolaise de l’Environnement (ACE), qui délivre un certificat d’approbation environnementale basé sur une étude d’impact environnemental et social.
Cependant, rien n’est dit concernant les autres titres fonciers, tels que les concessions forestières ou agro-industrielles.
Les protections juridiques des forêts communautaires sont également floues. La foresterie communautaire repose sur le décret-loi d’août 2014 et l’arrêté ministériel n°025 de 2016, ainsi que sur des arrêtés provinciaux qui attribuent des concessions forestières aux communautés locales.
Mais ces arrêtés ne sont pas encore classés comme des instruments pouvant protéger la terre, ce qui laisse une faille permettant l’exploitation minière, explique Stephan Banza de l’ONG APRONAPAKAT.

Banza mène des efforts de plaidoyer pour intégrer les droits fonciers coutumiers dans les protections juridiques nationales. En juillet, la RDC a adopté une nouvelle loi sur l’aménagement du territoire qui reconnaît les droits fonciers coutumiers et exige le consentement des communautés autochtones, mais n’a pas abordé la question des forêts communautaires.
Banza poursuit son plaidoyer, en poussant pour une loi spécifique aux droits de ces forêts.
« Nous voulons que la nouvelle loi tente de définir la nature juridique de ce décret. Est-ce un titre foncier collectif ? Car ceux qui veulent le contester, notamment les sociétés minières, disent souvent que ce document protège seulement la forêt et non la terre. Mais le débat est en cours au niveau national, car nous voulons harmoniser le cadre juridique foncier », a-t-il déclaré.
Sans cette clarification juridique, des considérations stratégiques autour de l’exploitation minière donnent la priorité au code minier sur d’autres lois protégeant les forêts et les terres du pays, explique Maître Yves Agwamba, avocat environnementaliste au CIFOR. Mais Charles Tsheye, ingénieur agronome et point focal de la foresterie communautaire au Haut-Katanga, affirme que cela est illégal puisque le code minier se limite uniquement au droit minier et de carrière.
Le professeur Ilunga, consultant en foresterie communautaire, a exhorté les communautés à défendre leurs droits :
« Quand on parle de sécurité foncière, ce ne sont pas seulement les papiers signés, comme les décrets, mais aussi le comportement des communautés elles-mêmes », a-t-il dit. « Les communautés doivent s’approprier ces décrets provinciaux, elles doivent s’approprier ces terres afin de pouvoir les défendre contre tous les accapareurs potentiels qui pourraient venir dans la zone, cherchant évidemment à prendre des portions de terre de leur concession. »
Enquête de terrain : perspective de notre journaliste
Du 21 août au 3 septembre 2025, le reporter principal d’InfoNile et coordinateur pour la RDC, Jonas Kiriko, a visité trois villages du Haut-Katanga : Mwase, Mampa et Mwawa, où les forêts communautaires subissent la pression des activités minières. Avant le départ, un plan de sécurité a été élaboré, puis affiné grâce à une formation dispensée par un expert en sécurité du Bassin du Congo.
Ce plan s’est révélé crucial, avant tout pour protéger les sources. Dans ces zones isolées, dépourvues de police et d’infrastructures, la sécurité des communautés est essentielle à celle du journaliste.
L’un des risques anticipés était le passage aux postes de contrôle militaires, notamment sur les routes de Sakania et Kipushi, tenues par la garde présidentielle, une unité de l’armée nationale congolaise. Officiellement, leur déploiement est justifié par la lutte contre la contrebande de minerais et contre toute infiltration de la ville de Lubumbashi par des milices armées. Officieusement, ces officiers harcèlent fréquemment les passants en leur faisant payer le passage à leurs différents postes de contrôle.
Le choix d’un Land Cruiser, véhicule souvent associé aux autorités et aux organisations non gouvernementales, lui a permis d’éviter les fouilles et l’extorsion auxquelles ces soldats soumettent fréquemment les voyageurs. Chaque fois que son véhicule approchait d’un poste de contrôle, les soldats le laissaient passer. À chaque péage routier, il ne payait rien.

Des sources locales ont révélé que les véhicules Land Cruiser sont connus dans la région pour transporter des responsables publics et des “personnes importantes”, notamment des propriétaires de mines, des politiciens et des généraux de l’armée. Par conséquent, le laisser passer visait à l’empêcher de témoigner du harcèlement que les militaires infligent souvent aux passants. Cela lui a aussi donné un aperçu des privilèges et de l’impunité dont jouissent certaines personnes dans cette région, y compris les propriétaires de mines.
Les communautés non consultées
Le code minier de la RDC exige que toutes les sociétés consultent les communautés locales avant d’entreprendre toute activité. Mais les dirigeants et habitants de plusieurs forêts communautaires visitées par InfoNile au Haut-Katanga ont déclaré n’avoir été consultés par aucune des sociétés minières qui détiennent actuellement des permis dans leurs forêts, ce qui entraîne des tensions entre entreprises et communautés.
À Mwawa, un village du groupement de Katanda sur la route Lubumbashi-Kasumbalesa, plus de 5 000 personnes vivent autour de la forêt communautaire locale et dépendent de l’agriculture à petite échelle et de la production de charbon de bois pour leur subsistance, selon Mukasa Romain, membre de la forêt communautaire de Mwawa.

Six permis miniers couvrent près de la moitié de cette forêt communautaire, créée en 2021. Un permis a été délivré en mars 2025 à LIDA SARL, un autre en 2023 à In Put Mining SARL. Trois autres, détenus par la Compagnie minière de Sakania SPRL, ont été délivrés en 2013 et devaient expirer en 2018. À cette époque, ils ont été convertis de l’exploration à l’exploitation à petite échelle.

Au début de l’année dernière, environ une demi-douzaine d’habitants ont accusé une autre société, Boss Mining, d’avoir détruit leurs terres agricoles lors de ses activités d’exploration de cuivre et de cobalt.
« J’ai observé que Boss Mining a mené des prospections puis est partie. Ils ont détruit des cultures comme le manioc et le maïs », a déclaré Romain.
Boss Mining est une coentreprise entre Eurasian Resources Group (ERG), détenue à 40 % par le gouvernement du Kazakhstan, et la société congolaise d’État Gécamines. Cependant, l’entreprise ne détient aucun permis dans la forêt communautaire ni dans la zone environnante. Selon Reuters, le gouvernement a temporairement suspendu Boss Mining dans la province en 2023 après une inondation ayant causé une grave pollution et des pertes humaines.
Boss Mining n’a pas répondu à plusieurs demandes de commentaires.
Avec une superficie d’environ 7 000 hectares, cette forêt est l’une des forêts ouvertes de Miombo du Haut-Katanga, caractérisée par des arbres relativement petits.

Dans le village voisin de Mampa, neuf permis miniers couvrent la forêt communautaire. Cela inclut au moins deux permis de cinq ans délivrés après la création de cette forêt en 2021 : celui de Prometal SARL, accordé en juin 2024, et celui de LIDA SARL, qui chevauche également Mwawa.
Banza Godefroid, président local de la forêt communautaire, a déclaré qu’aucune société minière n’avait demandé l’accès à leurs terres pour des opérations.
«Si des permis miniers existent, peut-être ont-ils été délivrés dans la capitale provinciale, Lubumbashi, où certaines personnes de notre village se sont souvent fait passer pour des représentants de la population locale. Cette forêt est notre seule ressource, et nous n’avons aucune intention de la céder à qui que ce soit », a-t-il dit.
À Mwase, sept permis ont également été délivrés pour explorer ou exploiter l’argent, le baryum, le chrome, le cobalt, le cuivre, le germanium, le nickel, l’or, le plomb et le zinc. Cinq dirigeants locaux ont déclaré ne pas être au courant de ces permis.
Les habitants de la forêt communautaire de Mwase ont dit craindre de perdre les dernières terres disponibles pour l’agriculture et l’élevage, les zones environnantes étant déjà fortement occupées par des concessions minières et des propriétés privées. Certains chefs locaux, qui avaient initialement cédé leurs terres aux forêts communautaires, commencent également à se rétracter et à les revendre à des sociétés de bois et d’agriculture industrielle, selon des chefs fonciers de Kete Kaisala et Mwawa.
Le long de la route menant aux forêts communautaires de Mwase, Kete Kaisala et Kalunda, des tas de sous-sol excavés ont formé des collines artificielles. Ces sites ont commencé à attirer des mineurs artisanaux des quartiers périphériques de l’est de Lubumbashi, augmentant les risques environnementaux et sociaux.

Des activistes environnementaux ont déclaré que l’absence de consultation pourrait accroître les conflits. À Kisankala, une manifestation contre l’exploitation de la concession COMIDE a été violemment réprimée l’année dernière, les habitants affirmant n’avoir jamais été consultés ni impliqués dans les décisions concernant l’occupation de leurs terres. D’autres manifestations ont eu lieu récemment au Lualaba et autour des zones minières de Likasi, Kakanda et Lubudi, dans le Haut-Katanga.
Omer Kabasele Kabongo, de Green North Solidarity, a déclaré que légalement, la communauté doit être au « centre » des processus des sociétés minières. Les permis d’exploitation des sociétés ne sont renouvelables que si leurs détenteurs s’engagent à « respecter les conditions définissant la responsabilité sociale envers les communautés locales impactées par les activités du projet », a-t-il dit. S’ils ne le font pas, la loi minière de la RDC permet à l’État de suspendre les activités des sociétés, d’imposer des amendes ou de retirer leurs licences.
Certains habitants de Mwase ont exprimé l’espoir que l’exploitation minière puisse ouvrir la région et apporter des opportunités économiques, étant donné le manque d’écoles, de centres de santé ou de routes. Mais il n’existe aucune obligation légale pour les sociétés de compenser les gestionnaires des forêts communautaires lorsqu’elles empiètent sur leurs terres, ce qui pose des risques d’exploitation.

Les communautés et les sociétés développent parfois des accords informels pour résoudre les conflits. Ces termes tendent à favoriser les sociétés et à désavantager les communautés, a déclaré Muswa Nzambi de l’Union des Concessions Forestières Communautaires du Haut-Katanga.
« Il y a deux ans, nous avons traité un cas concernant Golden Sands Mining. Cette société avait accepté de payer 400 dollars par mois à la communauté, une somme dérisoire, pour toute la durée de ses opérations. Ces engagements avaient été pris en présence d’agents environnementaux et d’autres témoins. Mais lorsque la société n’honore plus ses engagements, et que nous cherchons de l’aide auprès des services de l’État, il n’y a aucune solution », a-t-il dit.
Scarron Bipomba, directeur général de la société, a reconnu avoir suspendu les paiements à la communauté après un changement de direction. Il a promis de rectifier la situation mais n’a pas précisé de calendrier ni indiqué si Golden Sands paierait les arriérés.
« Nous allons relancer le processus. Je viens d’entrer en fonction comme nouveau directeur général, et je convoquerai bientôt une réunion avec les représentants de la communauté de Kyunga afin de reprendre les paiements conformément au cahier de charges », a déclaré Bipomba.
Muswa Nzambi a exprimé sa frustration face à l’inaction de l’État congolais.

« Alors vers quel autre État devons-nous nous tourner ? Ces communautés sont déjà pauvres, leur biodiversité est menacée. Elles se sentent abandonnées, laissées à la merci de sociétés qui font ce qu’elles veulent. Nous avons deux cas majeurs qui restent non résolus. Pourtant, l’État en est informé. Ces cas ont même atteint Kinshasa, siège des institutions du pays. Pourquoi ne sont-ils pas traités ? »
Yves Agwamba, du CIFOR, a insisté sur le fait que les services miniers et forestiers doivent améliorer leur communication pour éviter les chevauchements entre permis miniers et forêts communautaires.
« Il s’agit d’une propriété qui appartient à toute la communauté. Elle ne peut pas être vendue ni transférée », a-t-il dit.
Le professeur Maindo a souligné que les autorités publiques devraient donner la priorité à la création de bases de données numériques intégrées, regroupant les registres forestiers, miniers et agricoles, afin de fournir un accès universel aux informations sur les permis depuis n’importe où, renforçant ainsi la transparence.
Édition : Annika McGinnis, avec soutien aux données de Federico Acosta Rainis et Annika McGinnis.

