Justice climatique, financements et forêts du Congo : le plaidoyer offensif de Félix Tshisekedi  au jour 1 à Belém de la COP30

La COP30 s’est ouverte par le traditionnel Sommet des Chefs d’État et de gouvernement. Une séquence hautement politique, faite de déclarations d’intention, d’annonces et de signaux diplomatiques — sans adoption d’accord formel à ce stade. Sur place, Prince Alfredo de EnviroNewsrdc campe un décor contrasté : 53 chefs d’État présents, mais les plus grands émetteurs-pollueurs (États-Unis, Russie, Inde, Chine) absents physiquement. Une absence qui interroge la capacité du pays hôte à peser sur la dynamique, alors même que Brasilia promet de « remettre la question climatique au centre ». « Il n’y a pas de grand texte à signer à Belém, mais le Brésil veut jouer un rôle de moteur pour réactiver l’engagement des dirigeants », résume Prince Alfredo. « Dix ans après l’Accord de Paris, on compte beaucoup moins de chefs d’État autour de la table. » ________________________________________ Tshisekedi : « La crise climatique est une crise de justice et d’équité » Au pupitre, le président de la République démocratique du Congo, Félix Antoine Tshisekedi, a donné le ton : la justice climatique n’est pas un slogan, c’est la condition de l’efficacité. « Belém est un message. La crise climatique n’est pas seulement environnementale, mais de justice et d’équité. Ceux qui ont le moins contribué paient le prix le plus lourd », a-t-il lancé, citant les inondations, sécheresses extrêmes, érosions et insécurité alimentaire qui frappent les populations congolaises. Son exigence est claire : rééquilibrer la finance climat au bénéfice de l’adaptation — trop longtemps sous-financée face aux flux dédiés à l’atténuation des émissions. « Les financements demeurent insuffisants, fragmentés et souvent mal ciblés. J’en appelle à un rééquilibrage entre l’atténuation et l’adaptation. » ________________________________________ Forêts et régulation : le « Couloir Vert Kivu-Kinshasa » comme vitrine Félix Tshisekedi a aussi déroulé une trajectoire positive et concrète côté RDC : • Le “Couloir Vert Kivu-Kinshasa”, présenté comme une initiative structurante qui ancre la conservation dans l’aménagement du territoire et les chaînes de valeur locales. • La RDC rappelle être l’un des rares pays à avoir consacré plus de 30 % de son territoire à la conservation. • Côté gouvernance, le chef de l’État insiste sur la crédibilité du marché carbone congolais, avec la création d’une autorité de régulation pour assurer transparence et intégrité des projets. « Avec le Couloir Vert Kivu-Kinshasa, nous consolidons la conservation à grande échelle, et nous assainissons le marché carbone par des règles claires et une autorité dédiée. » ________________________________________ Lula, le ton politique : « déminer les mensonges », planifier la route Dans son adresse, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a visé les courants climato-sceptiques, évoquant des « mensonges qui veulent emprisonner les générations futures dans un monde dépassé ». Lula promet une “ferrée route” (feuille de route) pour planifier, mobiliser et déployer des ressources à la hauteur des enjeux. Message affiché : le temps des incantations est passé, place à la mise en œuvre. ________________________________________ TFFF : un mécanisme financier lancé à Belém Clou de cette première journée, le lancement du mécanisme TFFF (annoncé par la présidence brésilienne) pour canaliser des financements vers les pays forestiers. RDC, Cameroun, Centrafrique et d’autres États figurent parmi les bénéficiaires attendus. Les premiers contributeurs annoncés incluent la Norvège, l’Autriche, l’Australie et la France. L’enjeu, côté pays du Sud : passer des promesses aux décaissements, avec des guichets simples, prévisibles et équitables — là où nombres d’initiatives précédentes se sont heurtées à la complexité, aux coûts d’accès et à la lenteur. ________________________________________ « NDC 3.0 » : ce que la première journée est (et n’est pas) La première journée d’une COP — le Sommet des leaders — n’est pas une séance de négociation technique. Elle sert à : 1. Énoncer la ligne politique des pays (priorités, seuils non-négociables, récits nationaux). 2. Annoncer des engagements volontaires, coalitions ou mécanismes (ex. TFFF). 3. Créer de la pression publique avant l’entrée dans le dur des négociations par les ministres et négociateurs. Cette année, l’axe central est la préparation des NDC 3.0 — la nouvelle génération de contributions nationales qui doivent, d’ici 2030, tripler les renouvelables, doubler l’efficacité énergétique et accélérer la sortie des fossiles. Autrement dit : pas de texte à signer aujourd’hui, mais des balises politiques censées cadencer le travail technique des prochains jours. ________________________________________ Nord vs Sud : le dialogue impossible ? « Constatation : le monde avance vers des points de non-retour et l’Accord de Paris n’a pas été respecté », a résumé Prince Alfredo au sortir des premiers discours. Aucun engagement ferme chiffré n’a été arraché en séance publique ; « le Nord campe sur ses positions, le Sud réclame justice ». Dans ce face-à-face, la voix congolaise s’est distinguée par un pragmatisme revendiqué : financer l’adaptation, sécuriser les moyens des pays forestiers, rendre crédibles les marchés carbone, et sanctuariser des espaces comme le Couloir Vert Kivu-Kinshasa. ________________________________________ Ce qu’il faut surveiller maintenant • Le calibrage concret du TFFF (montants, critères, délais, gouvernance). • Les annonces sectorielles compatibles 1,5 °C (charbon non-abattu, méthane, subventions fossiles). • Les signaux financiers vers l’adaptation et les pertes & dommages. • Les bases d’un Article 6 crédible (marchés carbone), pour éviter les « crédits bidons ». • La traduction des NDC 3.0 en plans 2026-2030 vérifiables. ________________________________________ En clair La COP30, jour 1 n’a pas vocation à “régler” la crise en quelques heures. Elle cadre le terrain politique. Dans cet espace, Félix Tshisekedi a haussé le niveau d’exigence sur la justice climatique, l’adaptation, la crédibilité des marchés carbone et la valorisation du capital-nature congolais via le Couloir Vert Kivu-Kinshasa. Reste au processus de prouver que ces mots tirent des moyens, et que ces moyens protègent des vies.

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