Article publié initialement par La Voix de l’UCG édité pour Green Afia
Beni (Nord-Kivu) – Dans la filière cacao de Beni, la qualité n’est plus un simple critère technique : elle est devenue un véritable levier économique. La conformité aux normes de fermentation, de séchage et de stockage conditionne désormais l’accès aux marchés rémunérateurs et à l’exportation formelle, avec des effets directs sur les revenus des producteurs.
Selon l’ingénieur Yves Muyisa, agent chargé de certification au sein d’Amiplan Company, entreprise active dans l’encadrement agricole et l’exportation du cacao à Beni, l’écart de prix entre un cacao conforme et un cacao non conforme est tangible.
« Un cacao bien fermenté et correctement séché se vend toujours à un meilleur prix. Sur le marché local, la différence est déjà visible ; à l’international, elle devient déterminante », explique-t-il.
La mercuriale des prix : la qualité fait la différence
Sur les marchés de Beni, les prix varient fortement selon le respect des normes techniques :
- Cacao conforme (bien fermenté et bien séché) : environ 4,5 USD/kg
- Cacao non conforme (non fermenté ou mal traité) : environ 4 USD/kg
- Cacao certifié et suivi techniquement : prix de base + primes de qualité, selon le lot et le marché d’exportation
Ces écarts, qui peuvent sembler modestes à l’unité, deviennent significatifs à l’échelle d’une campagne agricole. Pour un producteur livrant plusieurs centaines de kilogrammes, la conformité peut représenter un gain substantiel et plus stable.
Certification : un processus technique encadré
La certification repose sur des pratiques précises :
- Fermentation contrôlée de 5 à 7 jours,
- Séchage au soleil sur bâches ou nattes propres,
- Stockage sur palettes, à l’abri de l’humidité et des contaminants.
Chez Amiplan Company, ces étapes sont suivies et contrôlées par des techniciens agronomes afin de garantir un cacao répondant aux exigences des marchés internationaux. L’objectif est clair : améliorer la compétitivité du cacao de Beni tout en sécurisant les débouchés pour les producteurs.
Menacés d’être exclus du marché européen faute de certifications Fairtrade et Bio, les membres de la FEC Beni interpellent les gouvernants congolais sur l’urgence de résoudre ce problème, l’un des nombreux défis aggravés par l’instabilité persistante dans la région du Kivu.
Dans ce dossier, des experts expliquent les exigences et enjeux liés aux certifications, tandis que le ministre Julien Paluku détaille la réglementation zéro déforestation, ainsi que ses implications politico-économiques. Des pistes de solutions et des perspectives y sont également proposées.
Cadre légal et lutte contre l’informel
Les autorités rappellent que la qualité est aussi une obligation réglementaire. L’Office national des produits agricoles du Congo (ONAPAC), secteur de Beni, souligne que la commercialisation du cacao non fermenté ainsi que des cerises vertes ou jaunes de café est strictement interdite, conformément à l’arrêté provincial du 08 avril 2024. Les contrevenants s’exposent à des sanctions prévues par la loi.
Acheteurs clandestins : un frein à la valeur ajoutée
Malgré ce cadre, la présence d’acheteurs clandestins continue de fragiliser la filière. En proposant des achats rapides à bas prix, ils encouragent certains producteurs à écouler un cacao non conforme, au détriment de la qualité globale et de la réputation du cacao de Beni sur les marchés.
À Beni, les services de l’Office national des produits agricoles du Congo (ONAPAC) ont intercepté plus de 5 tonnes de cacao destinées à la commercialisation en violation des normes en vigueur. Cette opération s’inscrit dans le cadre du renforcement du contrôle de la qualité et de la traçabilité des produits agricoles.
Les autorités rappellent que la commercialisation du cacao non conforme expose les producteurs et les acheteurs à des sanctions, et compromet la crédibilité du cacao du Nord-Kivu sur les marchés nationaux et internationaux.
Environnement et durabilité : investir dans l’avenir
Au-delà du prix, la qualité s’inscrit aussi dans une logique de durabilité. Amiplan Company promeut la plantation d’arbres d’ombrage dans les cacaoyères afin de préserver l’humidité des sols, réguler le microclimat et favoriser des conditions pluviométriques plus stables. Une approche agroécologique qui renforce à la fois la productivité, la résilience climatique et la durabilité de la filière.
À Beni, le message est désormais clair : produire mieux, c’est vendre mieux. La certification n’est plus une contrainte, mais une opportunité économique et environnementale pour les producteurs du Nord-Kivu.
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