Mpox à Butembo : pourquoi l’adhésion communautaire reste la clé après Ebola et la Covid-19

À Butembo, ville marquée par une succession d’épidémies majeures, la lutte contre le Mpox ne se joue plus uniquement dans les centres de santé, mais au cœur de la confiance entre la population et les autorités sanitaires. C’est ce que démontre un mémoire de Master en santé publique récemment soutenu à l’Université Catholique du Graben (UCG), dans le cadre du consortium universitaire regroupant l’UCG, l’Université de Goma et l’Université Officielle de Bukavu.

Un contexte épidémiologique complexe et inédit

Le Mpox (anciennement variole du singe) survient à Butembo dans un contexte post-Ebola et post-Covid-19, une situation rare qui a profondément modifié les perceptions, les comportements et la réceptivité de la population face aux messages de santé publique.
Alors que les stratégies de riposte reposent principalement sur les mesures barrières, la communication communautaire et la vaccination ciblée, leur efficacité dépend largement de l’adhésion sociale.

Une enquête de grande ampleur au cœur de la ville

Pour répondre à cette problématique, l’étude a adopté un design transversal analytique, incluant 1 288 habitants de Butembo âgés de 18 ans et plus. Les données ont été collectées à la fois en ligne via KoboCollect et par questionnaires papier, afin de limiter les biais d’accessibilité.

L’analyse statistique, appuyée par des tests du chi-carré, une régression logistique et une modélisation mathématique de type SIR (Susceptibles-Infectés-Remis), a permis de dépasser la simple description pour expliquer les mécanismes profonds de l’adhésion — ou du refus — des mesures sanitaires.

Des résultats révélateurs : l’information ne suffit pas

L’un des constats majeurs de l’étude est que la radio demeure le principal canal d’information sur le Mpox à Butembo, tandis que les rencontres communautaires en présentiel sont quasi inexistantes. Or, l’absence de dialogue direct avec la population constitue un frein majeur à l’appropriation des mesures barrières.

Sur le plan sociodémographique, le niveau d’adhésion le plus élevé est observé chez :

  • les hommes,
  • les personnes âgées de plus de 47 ans,
  • les individus ayant un niveau universitaire,
  • les travailleurs hautement qualifiés.

À l’inverse, les manœuvres, les personnes à faible niveau d’instruction et certains agents de base, pourtant très exposés en milieu urbain commerçant, présentent les taux d’adhésion les plus faibles, ce qui constitue un risque épidémiologique important.

Connaissance, confiance et vaccination : un triptyque indissociable

L’étude met en évidence une relation claire et statistiquement significative :
plus le niveau de connaissance sur le Mpox est élevé, plus l’adhésion aux mesures barrières augmente, jusqu’à l’acceptation pleine et entière.

Le même schéma s’observe pour la confiance envers les directives sanitaires officielles. La méfiance, souvent héritée d’expériences antérieures mal vécues durant Ebola ou la Covid-19, expose directement au refus de la vaccination contre le Mpox.

Fait notable, l’adhésion aux mesures barrières durant l’épidémie de Mpox (45,6 % de “tout à fait d’accord”) est nettement supérieure à celle observée lors d’Ebola et de la Covid-19 (15 %). Cela suggère que les épidémies passées ont, malgré tout, renforcé certaines capacités de résilience communautaire.

Quand les mathématiques confirment la prévention

L’intégration du modèle épidémiologique SIR constitue un apport scientifique majeur de ce travail. La modélisation démontre que le taux d’infection dépend directement du respect des mesures barrières au sein du compartiment des individus susceptibles.

Autrement dit, la prévention comportementale n’est pas seulement un message de santé publique : elle modifie concrètement la dynamique de propagation de la maladie. Cette approche offre aux décideurs un outil prédictif précieux pour anticiper l’évolution des épidémies dans des contextes urbains similaires.

Des implications directes pour Butembo et la RDC

Les résultats de ce mémoire dépassent le cadre académique. Ils fournissent des orientations opérationnelles claires :

  • renforcer les rencontres communautaires en présentiel,
  • reconstruire une relation de confiance durable entre autorités et citoyens,
  • adapter la communication aux réalités socioculturelles locales,
  • cibler prioritairement les groupes à faible adhésion,
  • intégrer la prévention dans la vie quotidienne, selon le principe : « je me protège, je protège ma communauté ».

Une recherche au service de l’action

Par la taille de son échantillon, la rigueur de ses analyses et l’intégration innovante de la modélisation mathématique, ce mémoire constitue une base scientifique solide pour réajuster les stratégies de communication et de riposte sanitaire à Butembo, et potentiellement dans l’ensemble du Nord-Kivu.

Dans une région confrontée à des crises sanitaires récurrentes, ce travail rappelle une évidence trop souvent négligée : sans adhésion communautaire, aucune stratégie de lutte contre les épidémies ne peut durablement réussir.

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