Quand les boues de la REGIDESO deviennent un engrais agricole crédible

Et si les eaux usées de la production d’eau potable devenaient une solution à la crise des engrais en RDC ?

À Kinshasa, une étude scientifique menée à l’Université de Kinshasa révèle que les effluents issus de la production d’eau potable par la REGIDESO, longtemps considérés comme de simples déchets polluants, peuvent être transformés en fertilisant agricole efficace. Testée sur la culture maraîchère d’amarante, cette solution locale, peu coûteuse et écologique affiche des performances comparables à celles des engrais chimiques importés.

Quand l’eau potable produit… des déchets invisibles

Chaque jour, la production d’eau potable génère des volumes importants d’effluents chargés en matières minérales, en résidus organiques et en produits de clarification à base d’aluminium ou de fer. À Kinshasa, comme dans de nombreuses villes africaines, ces effluents sont majoritairement rejetés sans traitement préalable dans l’environnement.

À l’usine de N’djili, principal complexe de production d’eau potable de la capitale congolaise, 100 % des effluents issus des opérations de décantation, de lavage des filtres et de purge des installations finissent directement dans la nature. Une pratique courante, mais lourde de conséquences pour les cours d’eau urbains, la transparence de l’eau et les écosystèmes aquatiques.

Une question simple, un enjeu majeur

Face à ce constat, une équipe de chercheurs congolais s’est posée une question stratégique :
ces effluents sont-ils réellement des déchets… ou des ressources mal exploitées ?

Pour y répondre, l’étude intitulée « Gestion et voie de valorisation de l’effluent de l’industrie de production d’eau potable en fertilisant agricole : cas de la REGIDESO–Ndjili à Kinshasa », publiée dans la Revue Congolaise des Sciences & Technologies, explore une voie encore peu documentée en RDC : la transformation des boues de potabilisation en engrais agricole.

Une innovation verte : traiter l’effluent avec une plante

L’originalité de cette recherche repose sur une technique de traitement naturelle. Les chercheurs ont utilisé le figuier de barbarie (Opuntia ficus-indica) comme agent de floculation végétale. Cette plante, abondante et peu coûteuse, permet de regrouper les particules en suspension et de concentrer les éléments nutritifs dans les boues.

Résultat :

  • chute spectaculaire de la turbidité,
  • réduction de la charge polluante (DBO, DCO),
  • amélioration de la qualité physico-chimique des effluents traités,
  • concentration notable en azote, phosphore et potassium (NPK) dans les boues récupérées.

Autrement dit, ce qui polluait hier devient un amendement agricole potentiel.

Le test décisif : nourrir une culture maraîchère

Pour vérifier l’efficacité réelle de ce fertilisant issu des effluents, les chercheurs ont conduit des essais agronomiques rigoureux sur l’amarante (Amaranthus hybridus L.), une culture maraîchère très répandue à Kinshasa.

Cinq traitements ont été comparés :

  • eau du robinet (témoin),
  • effluents bruts,
  • engrais chimique NPK (17-17-17),
  • fertilisant issu des boues traitées,
  • surnageant des effluents.

Les paramètres analysés – hauteur des plants, diamètre au collet et poids frais à la récolte – livrent un résultat clé :
👉 le fertilisant issu des boues de la REGIDESO affiche des performances proches de l’engrais chimique, sans différence statistiquement significative au seuil de 5 %.

Une alternative crédible aux engrais importés

Dans un contexte où les engrais chimiques sont chers, importés et souvent inaccessibles aux petits maraîchers urbains, cette découverte change la donne.

Le fertilisant obtenu à partir des effluents :

  • est produit localement,
  • réduit la dépendance aux importations,
  • valorise un déchet industriel existant,
  • limite la pollution des rivières urbaines,
  • soutient l’agriculture maraîchère de proximité.

Certes, l’engrais chimique reste légèrement supérieur en rendement, mais le fertilisant issu des effluents s’impose comme une solution intermédiaire robuste, durable et économiquement réaliste.

Un double bénéfice pour Kinshasa et la RDC

Cette recherche met en lumière un double avantage stratégique :

🌍 Environnemental
La valorisation des effluents réduit les rejets polluants, améliore la qualité des eaux réceptrices et s’inscrit dans la gestion durable des ressources en eau du bassin du Congo.

🌱 Agricole et social
Elle ouvre l’accès à un fertilisant minéral local pour les maraîchers urbains, dans une ville confrontée à l’insécurité alimentaire et à la pression démographique.

Une piste scientifique à élargir

Les auteurs recommandent de poursuivre les recherches, notamment sur :

  • la qualité bactériologique des boues,
  • leur utilisation sur d’autres cultures (légumes, arbres fruitiers),
  • la récupération du sulfate d’alumine,
  • la production d’énergie à partir des résidus.

Autant de pistes qui confirment que les déchets industriels, bien gérés, peuvent devenir des leviers de développement durable.

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