
Green Afia – Santé publique, protection sociale, RDC
Pourquoi si peu de ménages adhèrent aux mutuelles de santé à Butembo ?
À Katwa, une étude révèle que seuls 22 % des chefs de ménage sont affiliés. Les analyses identifient des freins majeurs : niveau d’instruction, revenus, information et qualité d’accueil.
Alors que la couverture santé universelle (CSU) est aujourd’hui reconnue comme un pilier majeur du développement humain, la République démocratique du Congo demeure largement en retrait. Une étude menée dans la Zone de Santé (ZS) de Katwa, à Butembo (Nord-Kivu), met en lumière une réalité préoccupante : moins d’un ménage sur quatre adhère à une mutuelle de santé, malgré une morbidité élevée et l’existence de mécanismes de prise en charge théoriquement accessibles.
Intitulée « Facteurs associés au faible taux d’adhésion des ménages à la mutuelle de santé dans la Zone de Santé de Katwa », cette recherche (1er janvier – 30 juin 2025) a été réalisée par Kahindo Musero Bijou sous la direction du Professeur ordinaire Tsongo Kibendelwa Zacharie, dans le cadre d’un Master en santé publique (option économie de la santé). L’étude fournit des données chiffrées robustes et, à travers des analyses multivariées, identifie les déterminants structurels de cette faible adhésion.
1) Une problématique mondiale, un échec local aigu
- Monde : 4,5 milliards sans couverture santé complète ; près de 2 milliards exposés aux dépenses catastrophiques.
- Pays développés : France 95 % (obligatoire) ; États-Unis 90 % (volontaire) ; Chine 95 % (reste à charge parfois élevé).
- Pays à revenu faible/intermédiaire : Afrique subsaharienne < 15 % couverts ; RDC 4 % ; Nord-Kivu 0,52 %.
2) Katwa : forte morbidité, faible mutualisation
Ironie sanitaire : la majorité de ces pathologies sont prises en charge par les mutuelles communautaires existantes, mais les ménages continuent de payer directement les soins ou recourent à l’automédication.
3) Méthodologie
- Étude transversale analytique auprès des chefs de ménage (10 aires de santé tirées au hasard sur 21).
- Collecte : ODK mobile ; Analyse : SPSS v23.
- Analyses : descriptives, bivariées, multivariées.
4) Résultat central
Seuls 22 % des chefs de ménage enquêtés sont membres d’une mutuelle de santé.
Un niveau faible, cohérent avec d’autres pays (Éthiopie 33 % ; Sénégal 7 % ; Mali 13,8 %), mais insuffisant pour installer une solidarité financière durable.
5) Les déterminants clés de la non-adhésion
5.1 Niveau d’instruction
Le niveau d’études primaires est associé à un risque plus élevé de non-adhésion : précarité accrue, compréhension limitée du principe de mutualisation, priorités de survie au détriment de la prévention.
5.2 Facteur économique : un risque multiplié par 11
Sans source de revenu = 11 fois plus exposé à la non-adhésion.
Revenus instables du secteur informel, chômage urbain aggravé par l’exode rural et les conflits : la mutuelle, pourtant pensée pour protéger, est perçue comme une charge de plus.
5.3 Connaissances et sensibilisation
- Connaître le partage du risque maladie = x2 chances d’adhérer.
- Ne jamais avoir entendu parler des mutuelles = forte association avec la non-adhésion.
5.4 Qualité des soins : l’accueil comme baromètre de confiance
L’accueil jugé inadéquat dans les structures partenaires démotive et alimente la méfiance. La qualité perçue des soins pèse autant que la capacité de paiement.
Conclusion
À Katwa, la faible adhésion s’explique par un faisceau de facteurs indépendants : faible instruction, absence de revenu, méconnaissance, automédication et mauvais accueil. La mutuelle n’échoue pas par manque de pertinence, mais par déficit de confiance, d’information et de justice sociale.
Recommandations
- Décideurs publics : politique d’accompagnement ; budget de sensibilisation ; vision CSU cohérente.
- Mutuelles : communication communautaire ; marketing sanitaire via réseaux sociaux ; cotisations adaptées.
- Structures de santé : améliorer l’accueil, empathie ; rendre visibles les avantages de l’adhésion.
- Communauté : participer aux séances ; considérer la mutuelle comme investissement collectif.
— Hervé Mukulu
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